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Contre vents et marées.

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Ça fait longtemps que j’ai envie d’écrire ce billet, mais j’attendais.

J’attendais quoi exactement? Je sais pas; de trouver les bons mots j’imagine, le bon ton. Puis je me dis qu’au fond, rien n’est plus vrai qu’un texte non calculé, qu’un texte écrit à « frette » sans tenter d’y donner une direction précise. Parler vrai. C’est ça que j’ai décidé de faire.

Je mets les gens en lumière sur Portraits et je dois avouer avoir un certain malaise à m’exposer moi-même. Mais je sens que ce billet pourrait possiblement faire du bien, autant à moi qu’à d’autres peut-être.

J’ai lancé Portraits il y a un an et des poussières pour me sortir d’un certain marasme, d’une impression d’inertie suite à la fin de mes études. Chercher un sens, chercher un moyen d’exprimer ma créativité et mes intérêts pour la photo et l’écriture. Portraits m’a fait un bien fou. J’ai rencontré des gens tellement extraordinaires. J’ai vu cette aventure comme une thérapie intensive. J’ai voulu tout donner pour ce projet, tellement que je me suis lancée là-dedans sans bouée, égratignant au passage ma vie de couple, ma vie professionnelle et ma santé mentale. Portraits n’était plus thérapeutique, c’était une obsession. Celle d’être lue, celle d’être reconnue, celle d’obtenir des gains de par ce moyen. J’ai eu besoin de prendre du recul.

Retour de la déprime.

Quelques mois plus tard, des événements au travail et dans ma vie personnelle ont amené le niveau de stress déjà plutôt élevé dans ma vie à un point culminant.

Incapacité de me lever du lit le matin, de me faire à manger, de prendre une douche. Incapable de sortir de chez moi, d’aller voir des gens, de réfléchir, de me concentrer…Incapable de gérer mes émotions et mon stress ce qui faisaient de moi une personne inapte dans le type de travail que je fais (relation d’aide). Attaques de panique à répétition, sentiment permanent de boule dans l’estomac et impression constante que j’allais mourir, que quelque chose de grave allait m’arriver ce qui justifiait l’importance de rester chez moi en ermite. Seule et protégée, dans mon petit cocon rien qu’à moi.

Un jour où j’étais incapable de bouger, j’étais couchée en boule dans mon lit, incapable de pleurer parce que j’avais déjà tout vidé. Je me suis demandé si j’allais souffrir ou mourir sur le coup si je me lançais du haut de mon balcon. La première possibilité m’effrayant trop, j’ai vite évacué cette idée de mes pensées. Un autre jour, assise dans un état presque catatonique dans mon salon, j’ai levé les yeux au plafond. L’ancien locataire avait laissé un gros crochet pour accrocher une plante qui donnait près de la fenêtre. Je l’ai regardé longuement en pensant à laquelle de mes ceintures je devrais choisir pour mieux m’y accrocher. Bonus: le fait qu’il soit près de la fenêtre, je me suis dit que ce serait les voisins d’en face qui feraient la macabre découverte et appelleraient les services d’urgence. Ma famille ne me trouverait pas ainsi. Ça me rassurait. Heureusement, je suis tellement chochotte et j’ai si peur d’avoir mal que ces plans ne sont restés que des idées macabres.

Le 31 mars, au lieu d’aller travailler, je me suis décidée d’aller voir un médecin. Arrêt de travail. Diagnostic: Dépression sévère et trouble d’anxiété généralisée.

Cocktail d’antidépresseurs et anxiolytiques, suivi médical serré, prises de sang et tout le tralala. Pour aller mieux, je me forçais à sortir (je dois le faire souvent encore), je partais en campagne et je suis même partie en roadtrip aux États; rien à faire. Impossible de retrouver ma joie de vivre. J’avais beau rire et sourire souvent, mais dans ma tête c’était un bordel total que je m’empêchais souvent de montrer. Faire des niaiseries et faire rire les gens étaient des façons de montrer que j’allais pas pire.

Mme Mousteille, ma chatte, ma plus précieuse alliée dans les durs moments. Réconfortante et pleine d'amour.
Mme Mousteille, ma chatte, ma plus précieuse alliée dans les durs moments. Réconfortante et pleine d’amour.

Fin mai, les médicaments commençant à faire leurs effets, je me suis remise tranquillement sur pied. J’ai repris l’activité physique, la méditation, le yoga. Je retrouvais peu à peu mes capacités de concentration, j’ai pu recommencer à lire. Je me suis remise à voir des gens plus souvent. Je me sentais assez forte pour recommencer à sortir de ma zone de confort, à créer. Je me suis mise au dessin, à la fabrication de produits naturels pour le corps, j’ai commencé à fréquenter un centre Bouddhiste où j’ai rencontré des gens extraordinaires et eu des enseignements précieux puis j’ai recommencé à peindre.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. La lumière était bien brillante au bout du tunnel. Je suis allée me reposer en retraite de silence et de méditation, toute seule, dans le fond des bois, chose que je n’aurais jamais eu le guts de faire avant. J’ai participé à un week end intensif de yoga totalement magique. L’énergie était revenue enfin et surtout, la motivation pour ma propre vie.

Début juin, emballée comme jamais à propos de ma vie, je me sentais invincible. J’étais ultra créative, les idées se bousculaient dans ma tête, je parlais, parlais et parlais sans arrêt. J’écrivais des statuts drôles à répétitions sur les réseaux sociaux, je sortais des jokes en 3 secondes qui, en temps normal, m’auraient pris 2 jours à travailler. J’étais une machine. J’étais dans la production de savons jusqu’au cou, je ne mangeais plus, dormais plus. Je passais mes nuits à étaler mes idées sur papier, à faire des recherches pour mes produits. Je faisais des nuits blanches sans ressentir un once de fatigue. J’allais dépenser pour de l’équipement à coups de 200-300$ pour mes fabrications. J’aurais alors pu crier haut et fort que la vie était extraordinaire, mais mon expérience en tant que travailleuse dans le domaine de la santé mentale me disait que ça ne marchait pas. Ce n’était pas moi, ça.

Des gens me disaient « Ben voyons, tu vas bien, enjoy pis arrête de stresser! ». Non, je savais qu’il y avait quelque chose qui clochait.

À mon rendez-vous médical suivant, j’ai tout raconté à mon médecin. Devant moi, elle fait appel à un psychiatre. Ils ont discuté de mon cas pendant près de 30 minutes.

En raccrochant, elle m’a dit: « Je dois te prescrire une médication de plus, un stabilisateur de l’humeur…tu as fait un épisode hypomaniaque. Tu es fort possiblement atteinte de la maladie affective bipolaire de type 2. »

BAM!

« Une évaluation psychiatrique pourra le confirmer ».

Moi, l’éducatrice spécialisée travaillant en santé mentale. Moi, celle qui est payée par l’état pour réhabiliter des usagers atteints, entre autres, de bipolarité. Moi, celle qui a des collègues psychiatres, qui rédigent des rapports sur l’évolution de mes clients pour eux, qui se présente à leur bureau avec mes usagers pour leur suivi. Moi. Moi, je suis celle qui a dorénavant besoin de ces services.

Moi qui s’est toujours battue pour déstigmatiser la maladie mentale, qui a entendu je ne sais plus combien de fois: »Pis, comment ça va à la job avec tes petits fous? » , moi qui s’est donnée comme mission de faire connaître la santé mentale aux gens qui avaient plein de préjugés…maintenant, c’est mon combat bien personnel.

Qui va vouloir dans sa vie d’une fille bipolaire? Quels amis vont endurer les hauts et les bas incompréhensibles et inexplicables d’une fille de 33 ans supposément outillée pour les gérer de par le travail qu’elle fait? Est-ce que je dois faire le deuil d’avoir un jour une famille? On sait que la maladie bipolaire est génétique, est-ce que je vais prendre le risque de mettre au monde des enfants qui un jour deviendront des adultes atteints de mal de vivre? Comment réagirai-je quand ma fille de 25 ans m’appellera pour me dire qu’elle veut mourir, parce qu’elle est bipolaire aussi par la faute de mes gênes?

Je me suis toujours sentie forte de me battre pour les autres parce que bien souvent et ce, malheureusement, notre voix porte bien plus fort que celles des gens stigmatisés. Et maintenant que je fais partie de ceux qui ont l’humeur en montagne russe, une affection quasi impossible à expliquer une personne qui ne le vit pas, est-ce qu’on va m’écouter?

C’est dur à accepter. Aucunement besoin de préciser que depuis ce rendez-vous médical, la déprime est revenue. La médication a été ajustée et elle est beaucoup plus difficile à supporter, physiquement parlant, que je l’imaginais. Ça magane le foie, le système digestif, ça me donne des migraines et des nausées épouvantables. Aussi, tous les beaux efforts que j’avais fait pour ma perte de poids dans la dernière année: F-I-N-I-T-O. La prise de poids se fait à la vitesse de l’éclair sur cette médication. Certains diront qu’elle fait prendre du poids parce qu’elle ouvre l’appétit alors que j’ai probablement moins mangé dans les derniers mois que dans tout le reste de ma vie. La médication elle-même a de quoi rendre déprimé avec tous ces effets.

Je ne suis toujours pas retournée au travail. Y’a une personne qui m’a dit dernièrement: « Ouain, ça te fait des belles vacances, ça! ». Inutile de préciser que j’aurais voulu le puncher en plein front. Des « vacances » comme celles-là, je les souhaite à personne. En ce moment, alors que la déprime se réinstalle peu à peu et que mon corps doit s’adapter à mes cocktails chimiques de médicaments, j’ai encore un peu de misère à voir le bout. Plus souvent qu’autrement, je garde ça pour moi parce que c’est difficile à expliquer et aussi, quand j’en parle, on me donne souvent des solutions alors que tout ce que je veux, c’est qu’on m’écoute, tout simplement. Les solutions, je les connais déjà.

C’est dur à accepter, mais en même temps je remercie la vie de m’avoir fait rencontrer des patients si extraordinaires à mon travail. Des gens inspirants qui, à travers leur maladie qui les stigmatise injustement, me prouvent qu’il est possible de mener une belle vie contre vents et marées. Je ne sais plus combien d’heures de vidéos et de films sur le sujet de la bipolarité que j’ai écouté depuis mon dernier rendez-vous médical, mais un à un, ils me rassurent. Je sais qu’il y aura d’autres tempêtes, d’autres moments à pleurer devant la noirceur apparente de mon existence. Il y aura aussi encore d’autres nuits blanches, d’autres idées créatives intenses incessantes et, espérons-le, il y aura plus souvent des moments entre les deux où je serai juste bien, juste correcte.

Il y aura assurément de nombreux tests médicaux, des médicaments à ajuster et à prendre jusqu’à mon dernier souffle. Il y aura encore des attaques de panique, des moments où je réagirai trop fort ou d’autres où je vous ferai ben ben rire avec mes statuts Facebook. Peut-être aussi serai-je incomprise ou jugée, peu m’importe honnêtement…

Tant et aussi longtemps que je laisse personne dicter mes limites et surtout, tant que jamais je ne me mette moi-même des bâtons dans les roues, je serai l’artisane de la vie que je veux, contre vents et marées.

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