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PAMÉLA

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Ses devises : « Demandez, donnez et vous recevrez », « But+Plan+Action=Succès! »

L’art, c’est sa vie. Ça tombe bien, c’est aussi son talent ultime. Si le dessin a pu lui amener une certaine résilience, c’est toutefois sa détermination qui a amené Pamela à se dépasser.

L’artiste peintre, illustratrice et entrepreneure en est à sa quatrième année d’études à Concordia pour devenir enseignante en arts plastique. Elle est la première surprise de s’être rendue jusque-là.

« À l’adolescence, j’habitais un petit village où j’étais victime d’intimidation. J’ai toujours été bonne et attirée par l’art et je me valorisais à travers ça. Ça me permettait d’être seule, dans ma bulle. J’ai ensuite fait des cours de théâtre qui m’ont permis de me débloquer. Suite à ça, j’ai changé pour le tout, je suis devenue une créative hyperactive. Durant mon secondaire, je me suis mise à créer des cartes de Noël pour faire des sous. »

Illustration signée Paméla
Illustration signée Paméla

Quelques années plus tard, elle obtient son DEC en arts du Cégep de St-Jean-sur-le-Richelieu et elle déménage à Montréal où elle décrit avoir vécu des années de débauche.

« Autant je n’avais aucun succès auprès des gars dans mon petit village, autant qu’à Montréal, ça a explosé! Il n’en fallait pas plus pour que je parte sur une dérape assez intense! »

À 25 ans, la montréalaise d’adoption tombe enceinte de son copain des quatre derniers mois.

 « Autant ce n’était pas prévu, autant ma grossesse m’a sauvée la vie. Je n’aurais peut-être pas survécu si j’avais continué le même rythme de vie que j’avais.  J’étais sur l’aide sociale, je n’allais pas bien.  J’étais déprimée, j’avais perdu mes repères et j’étais désorganisée. Je reconnaissais mon talent artistique, mais je n’arrivais pas à  faire quoi que ce soit avec. À ce moment-là, je ne savais pas encore que j’avais un TDAH (trouble de déficit d’attention avec hyperactivité). »

Durant sa grossesse, Paméla a un suivi psychiatrique et compte sur l’aide inestimable d’organismes dont la Fondation OLO et le CLSC Ahuntsic qui l’ont aidée à se rebâtir une valorisation.

« De l’aide, c’est difficile à obtenir, mais le jour où tu as un enfant, crois-moi, t’es rapidement aidée. Ma fille m’a amenée à me mettre en action, à aller chercher l’aide pour me reprendre en main.»

Alors que les choses ne se passent pas bien avec son conjoint, Paméla entreprend  de se séparer ce celui-ci et d’élever seule sa fille. Par la suite, elle emménage dans un HLM sur le plateau Mont-Royal. Quartier de haute créativité, l’envie de s’en imprégner la regagne intensément. Un peu plus tard, elle rencontre un nouvel amoureux qui l’aide à faire ressortir sa créativité.

« Je voulais être un exemple pour mon enfant alors il n’était pas question que je demeure sur l’aide sociale. J’ai fait des recherches puis je me suis inscrite à un cours en entrepreneuriat. J’ai ensuite monté un projet de cartes de souhaits. J’ai alors trouvé un arrangement avec mes amis et ma famille pour amasser des fonds pour partir mon projet. Disons que je suis très bien entourée.»

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Elle se présente ensuite au SAJE (organisme de soutien aux jeunes entrepreneurs). Elle y arrive préparée et elle leur présente un plan d’affaires détaillé.

«J’ai été acceptée. J’avais donc un an de fonds de leur part pour monter et partir mon entreprise. Ils supportent les jeunes entrepreneurs pour se lancer. Ça m’a donné les outils nécessaires pour me partir. Pinkpam est ensuite né! »

Avec une partenaire, elle loue ensuite un atelier au Chat des Artistes sur la rue Parthenais et lance une nouvelle collection de cartes pour 2009-2010. Elle se retrouve avec plus de trente points de vente pour ses cartes de souhaits et elle s’occupe de tout de A à Z : du marketing, à l’illustration, à la production, à l’emballage et la livraison. En 2010, elle a son kiosque au Salon du cadeau qui lui donne une superbe visibilité. Impressionnée par sa détermination, une femme rencontrée dans le cadre de ses démarches de lancement d’entreprise lui offre une magnifique opportunité : donner des conférences sur son cheminement dans des écoles et dans des centres jeunesse-emploi.

« J’offrais mon témoignage sur le fait qu’on peut se sortir de l’aide sociale. C’est tout à fait possible.»

Il est toutefois assuré que le passage entre être prestataire de l’aide sociale et entrepreneure ne se fait pas sans travail acharné.

 « J’ai dû développer un « minding » de business. Il ne s’agit pas juste d’être une artiste, il s’agit d’apprendre à se faire connaître, à se donner de la visibilité. Ça te fait acquérir des notions de marketing, de publicité, de communications…  Ça m’a appris à m’organiser aussi. Avant j’étais une bordélique autant dans ma tête que chez moi. Ça fait progresser toute ta vie, pas juste l’aspect professionnel. Maintenant aussi, j’ose demander de l’aide; je réalise que très souvent, tu n’as qu’à demander pour obtenir. Il faut passer à l’action et accepter d’être vulnérable là-dedans. Je ne baisse plus les bras, j’accepte que ça ne soit pas toujours facile. »

Lucide, Paméla est bien consciente que tout ça soit possible également parce qu’elle a accepté qu’elle avait un diagnostic et qu’elle a compris qu’elle avait besoin d’être traitée pour ça.

« Rien ne fonctionnait pour me partir en affaires au tout début, je vivais plein d’échecs et jamais de succès. J’étais désorientée parce que non-traitée. Quand le diagnostic de TDAH est sorti, j’ai accepté de prendre la médication et aujourd’hui, je sais plus que jamais que je ne pourrais vivre sans la prendre et sans utiliser les outils que j’ai appris à développer et mettre en place.

La présence et le soutien de l’entourage est primordial, mais parfois, lorsque nous avons une vision bien précise de ce que nous désirons, il est possible que les gens autour de nous questionnent nos actions.

« Mon entourage se demandait pourquoi je me cassais la tête à me partir en business quand je pouvais simplement me trouver une job. Je ne pouvais pas. Le 9 à 5, très peu pour moi. Je ne peux pas fonctionner dans un travail avec des patrons. La seule chose qui me restait, c’était l’art. Je ne me voyais pas faire autre chose. Quand tu te bases sur ce en quoi tu es bon et que tu focuses là-dessus, quand tu mets du temps, de l’énergie,  tu peux juste réussir. »

Il faut dire que Paméla est une personne qui s’est toujours mise en action pour aller trouver les outils, l’aide et le soutien nécessaire pour arriver à ses fins. Une qualité déterminante dans le succès de nos entreprises.

« Je suis allée chercher l’aide de tous les organismes en soutien à l’entrepreneuriat de Montréal. Je me suis dit : plus je vais avoir d’informations sur le sujet, plus je vais avoir de chances! Je n’étais pas douée pour la comptabilité et la gestion, mais je ne suis pas restée assise à me dire que ça ne marcherait pas. Y’a plein de ressources gratuites, principalement à Montréal. C’est faux qu’il n’y a pas d’aide. Il faut chercher et aller cogner aux portes. L’aide est présente. Ceux qui vont te dire que tes affaires ne marcheront pas, ils veulent te protéger pour ne pas que tu te plantes, ils ont peur pour toi. Ça ne part pas d’une mauvaise intention, mais souvent parce qu’eux-mêmes leurs affaires n’ont pas fonctionné. Moi, je me dis que je me la péterai la gueule au pire, mais je vais avoir essayé du mieux que je peux. Je ne suis pas quelqu’un qui attend que les choses se passent, je dois être dans l’action. Tu as beau te faire plein de projets, si tu ne mets rien en action, ça ne marchera pas. Il ne faut jamais s’arrêter après le premier « non », ni le deuxième ou le troisième. Il faut simplement s’attendre aux embûches. »

Et le rapport avec l’argent après s’être sortie de l’aide sociale depuis plus de sept ans?

« Tu obtiens des outils de ton passé difficile, il faut voir ça comme une chance. Avec mon histoire vient des ressources qui font que j’arrive à fonctionner aujourd’hui. D’autres qui ont vécu moins d’épreuves n’ont peut-être pas un coffre aussi rempli. L’argent, quand il y en a, il y en a et quand il y en n’a pas, on s’organise, on fait avec. Je n’ai jamais voyagé, c’est une déception, mais il ne faut pas focuser sur ce qu’on n’a pas. Je ne suis pas riche monétairement, mais j’ai une richesse intellectuelle et une certaine liberté artistique qui me comblent énormément.»

Paméla affirme que les livres de développement personnel l’ont aidée à développer sa confiance en elle et son estime. Créer est également un très bon moyen pour arriver aux mêmes fins.

« Dans mon art, je travaille présentement sur mon orgueil. Je fais des autoportraits de nu. C’est en même temps un beau pied de nez aux messages véhiculés par la société. La beauté, c’est tout ce qu’on est, même pas parfaits. Ce que j’aime avec l’art, c’est que je peux susciter des émotions chez les autres et que j’ai le droit d’avoir l’air weird. Ça me définit comme personne et ça me valorise. »

Le talent remarquable de Paméla, en toiles et en sculptures
Le talent remarquable de Paméla en toiles et en sculptures

Le travail de Paméla est plus qu’impressionnant! Impossible de croire qu’elle a appris à peindre de façon réaliste il y a seulement deux ans!

Quand on regarde le sort de la culture dans notre société, les coupures et le manque de financement auxquels elle fait face, c’est plutôt désolant. Pratiquement tous les organismes de réadaptation et de réinsertion sociale le diront : « l’art sauve des vies ».

L’art est la bouée de sauvetage à laquelle Paméla s’est accrochée solidement. Elle a parfois dû nager à contre-courant, mais sa force a fait d’elle une battante. C’est une femme, une mère et une artiste accomplie à qui la vie ouvre toutes grandes ses portes.

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Crédits photos: Annie Murphy et collection personnelle de Paméla.

Pinkpam : http://www.pinkpam.com

OLIVIER

Sa devise : « L’éducation est un progrès social : l’éducation est non pas une préparation à la vie, l’éducation est la vie elle-même » – John Dewey

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« L’éducation n’est pas seulement un bagage de connaissances que tu reçois avant de te rendre sur le marché du travail et commencer à vivre. L’éducation ne cesse jamais, ce n’est pas une période définie de la vie. L’instruction en est une et cette dernière et l’éducation sont deux choses distinctes. L’instruction est une façon d’être éduqué. Tu peux toutefois être éduqué sans avoir d’instruction. Il s’agit d’avoir développé une curiosité et de l’avoir entretenue. »

Olivier est un jeune homme d’une maturité impressionnante. Âgé de 20 ans, il s’implique bénévolement depuis huit ans à la Société canadienne du cancer (SCC). Si l’implication sociale de ce futur enseignant a de quoi inspirer, sa vision optimiste de la vie est tout autant admirable.

C’est un kiosque dans son école secondaire qui a interpellé Olivier et l’a invité à participer au Relais pour la vie en tant que bénévole. Le jeune garçon qui avait alors perdu une tante atteinte du cancer cette même année, a décidé de s’impliquer.

« Cette année-là, pour ma première implication, mon rôle était bien banal : diriger les voitures et poser des cônes! J’ai décidé de rester impliqué tout au long de mon secondaire dans ce projet. À partir de ma quatrième année d’implication, je suis devenu responsable des bénévoles. Alors en secondaire 5, j’ai décidé de développer un projet avec les élèves, car je les sentais très peu conscientisés à la cause. J’ai voulu amener les élèves plus loin. J’ai organisé des soirées d’activités afin de favoriser la création de liens entre eux et l’attachement à la cause. À la fin de cette année-là, j’ai su ce que je voulais faire dans la vie : je voulais devenir enseignant. »

L’implication d’Olivier pour la Société canadienne du cancer ne s’arrête pas avec la fin de son secondaire.

« Je suis ensuite entré au cégep en communications et la SCC a voulu que je reste actif dans la cause. On m’a offert le rôle de responsable des communications de l’évènement du Relais pour la vie. J’y ai contribué pendant deux ans, soit le temps de mes études collégiales. J’avais un rôle d’attaché de presse, de gestion des médias, de gestion des entrevues, de rédaction de communiqués, etc. »

Plutôt impressionnant pour un jeune homme à peine instruit dans le domaine des communications.« Parallèlement à ça, je me suis impliqué dans une autre sphère de la SCC : la défense de l’intérêt public. C’est le bras politique de l’organisme et il vise à faire adopter des lois pour modifier la législation en matière de cancer. Le but est de légiférer tout ce qui pourrait causer le cancer. Quand j’ai commencé à m’impliquer dans cette équipe, on militait contre l’utilisation des cabines de bronzage chez les mineurs. J’ai écrit une lettre ouverte dans les médias pour protester contre ça et pour inciter le gouvernement à agir et à adopter une loi. Au fil du militantisme de l’équipe, on est arrivé à la loi qui a interdit l’utilisation des cabines de bronzages chez les moins de 18 ans. C’était un beau projet, très gratifiant. On est arrivé à quelque chose de tangible. »

Actuellement étudiant à l’UQAM en enseignement du français au secondaire, Olivier détient un poste de bénévole à la SCC. Il travaille sur un gros projet, probablement le plus important de son implication selon lui. Le but : amener les jeunes à se conscientiser à la cause, promouvoir la prévention et assurer une importante relève de bénévoles.

«L’avantage à la SCC, c’est que nous avons du bénévolat organisé et nous orientons les gens selon leurs compétences. Une grande proportion des bénévoles est constituée de personnes âgées. On veut créer une relève bénévole forte qui a un sentiment d’appartenance envers la cause, une conscience sociale, un leadership… C’est gratifiant de s’impliquer dans une cause. Pour les jeunes, ça engendre un sentiment très fort et un engagement fidèle. »

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En plus de compléter son baccalauréat à temps plein, Olivier travaille comme assistant de recherche à l’université. On peut se demander qu’est-ce qui fait qu’un jeune homme aussi occupé trouve encore du temps pour s’impliquer bénévolement.

«J’ai traversé plusieurs époques de ma vie avec la SCC. Je me suis découvert comme professionnel et comme personne aussi, j’ai grandi avec ces gens-là. Tous les bénéfices humains que le bénévolat nous apporte, c’est grandiose. Je n’ai jamais mis l’argent au centre de mes priorités. Le bénévolat m’apporte humainement plus qu’un salaire pourrait m’apporter. J’ai tellement appris, c’est enrichissant et valorisant. Mes actions donnent un résultat, c’est gratifiant et je me sens utile. S’il n’y avait jamais eu de kiosque du Relais pour la vie à mon école, rien de tout ça ne se serait peut-être jamais produit. Je ne peux pas imaginer ce qu’aurait été ma vie si je n’avais pas vécu tout ça.»

Le grand public peut parfois avoir l’impression que rien ne s’améliore en matière de cancer, et que même si des recherches sont faites avec les dons collectés, les avancées ne sont pas là. Olivier assure le contraire.

« Le taux de survie est en hausse, c’est le reflet de tous nos efforts en recherche et en prévention. Par exemple, en 1938, le taux de survie après 5 ans était de 25%. Aujourd’hui, il est monté à plus de 63%. Pour certains cancers, ça monte à 90, 95%. On progresse, même si rien n’est gagné. On continue d’épauler les gens atteints et leurs familles, et on continue notre lutte ! On vise des taux de survie encore plus hauts dans 10 ans, 15 ans. Les experts nous disent qu’on y arrivera progressivement. C’est encourageant pour nous, les militants, et aussi pour les patients. »

Il ajoute:

« Dans une école que j’ai visitée récemment, j’ai discuté avec une enseignante atteinte d’un cancer. Elle encourageait ses élèves à s’impliquer, parce que ce sont eux qui font partie de la génération qui vaincra la maladie. Elle a raison! Les chercheurs avancent que le cancer pourrait devenir une maladie chronique, au même titre que la diabète qui se traite et ce, d’ici quelques années. C’est encore une fois vraiment encourageant. »

Quand on écoute Olivier parler de la cause, on sent toute la passion qui l’anime et l’importance qu’il voue à l’engagement social. Le jeune homme prétend avoir acquis ses nobles valeurs par mimétisme.

« J’ai imité les gens autour de moi. Je viens d’une famille où on accorde beaucoup d’importance aux autres, à l’aide qu’on leur apporte. Mes grands-parents, mon père, ma mère m’ont certainement inspiré.»

Et ses belles valeurs, comment le futur enseignant arrivera-t-il à les transmettre à ses élèves dans un système scolaire baigné de morosité?

« J’ai décidé de croire en mes élèves. Quand les jeunes sont impliqués dans des projets qu’ils aiment, c’est incroyable, tout ce qu’ils peuvent accomplir. Il faut davantage croire en leur potentiel. Quand on leur transmet notre confiance, on leur donne, je pense, des conditions très favorables pour qu’ils évoluent eux-mêmes. Il y a un paquet de nuances à apporter, c’est sûr, mais quand on se résigne à croire qu’ils ne sont pas capables de s’impliquer et d’évoluer, on obtient très peu de résultats. Et ce sont eux qui perdent au change ! J’aime m’adresser à l’intelligence des gens que je côtoie, et jusqu’à présent, ça a donné des résultats prometteurs. À la base, un enfant est curieux : il faut faire en sorte qu’il le reste. C’est notre travail. »

Si rien n’est certain dans ce bas monde, il existe toutefois une certitude :

Olivier n’enseignera pas que des participes passés.

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Crédits photos : Annie Murphy

La Société Canadienne du cancer : www.cancer.ca

Le Relais pour la vie : www.cancer.ca/relais

 

JESSICA

Sa devise : « Il faut faire confiance à la vie »

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À seulement 24 ans, Jessica est un bel exemple de résilience. Si elle a eu son lot de mauvaises expériences, la jeune maman originaire du Saguenay est en train de remettre sa vie sur les rails; celles qui vont droit devant.

« En sixième année, j’ai commencé à souffrir d’un trouble alimentaire. Ma mère me donnait des desserts, des chocolats puis un moment donné, pour perdre du poids, j’ai décidé de faire une diète. J’avais 11 ans. Je me suis aussi mise à faire des exercices. Après un mois passé chez ma meilleure amie sur la rive-sud de Montréal, mes amis du Saguenay me complimentaient sur ma perte de poids. Je n’avais pas porté attention au fait que j’avais maigri, mais j’ai aimé qu’on le remarque ».

Durant cette même période, les parents de Jessica se séparent. Ils déclarent faillite, perdent la maison familiale et Jessica se retrouve avec sa mère et l’une de ses sœurs en appartement alors que les trois autres enfants de la famille déménagent et se dispersent dans d’autres régions.

« À ce moment-là, je n’avais aucun pouvoir sur la situation et un besoin intense de contrôle s’est fait sentir. En secondaire 1, les vomissements ont commencé. En plus, à cette même époque, je me suis mise à fumer de plus en plus de cannabis et ça me donnaient des rages de bouffe. Le pattern s’installait. Je me suis mise à prendre plusieurs laxatifs par jour. En secondaire 2, je me suis mise à prendre des speeds comme ça me faisait perdre du poids. Je me prévoyais un nombre de pilules à prendre durant la semaine en fonction de mes trips de bouffe. Par moment, je me privais de nourriture au point de m’évanouir. Mon trouble alimentaire a continué tout au long de mon secondaire et même au début du Cégep. Jusqu’à l’âge de 21 ans, c’était constamment présent ».

Malgré toutes ces difficultés, Jessica est une étudiante modèle à l’école. Elle fait partie de classes pour élèves performants. Même si elle arrive constamment en cours en état de consommation, ni son rendement scolaire, ni ses comportements n’en sont influencés.

« J’ai commencé à fumer du cannabis à l’âge de 10 ans. À 12 ans, quand j’ai commencé à prendre du speed, ce n’était pas seulement récréatif, j’en prenais quotidiennement. Des doses importantes. Tellement importantes qu’un mois avant mon 16ième anniversaire, j’ai fait un arrêt cardiaque. Ça m’a réveillée, je me suis calmée et j’ai arrêté les drogues chimiques ».

C’est une importante décision à prendre pour la jeune Jessica. Les amphétamines ne faisaient pas que lui procurer du plaisir, elles lui permettaient de perdre beaucoup de poids, c’était presque devenu un outil essentiel pour arriver à ses fins.

Alors âgée de 14 ans, Jessica rencontre l’amour. Son copain habite la rive-sud de Montréal et ils doivent vivre leur amour à longue distance. La relation est toutefois durable puisqu’à la fin de son secondaire, Jessica déménage à Montréal avec lui. Près de huit ans plus tard, son copain commence à discuter avec elle de l’idée de fonder une famille.

« J’étais au Cégep en train de faire mon deuxième DEC quand mon chum m’a parlé de faire un enfant. J’ai pris le temps de terminer mes études, puis en novembre 2012, je suis tombée enceinte ».

Son copain a alors une réaction forte : Il décide de se dépêcher à faire tout ce qu’il n’a pas eu le temps de faire dans sa vie. Il se met à sortir dans les bars et il décide de terminer son cours secondaire en avril.

De son côté, Jessica qui réussit à contrôler son trouble alimentaire grâce à une thérapie s’inquiète de se voir prendre du poids.

« J’avais peur que mon trouble alimentaire revienne en force. Je ne pouvais plus courir et je mangeais. La santé de mon bébé était importante et je me faisais à l’idée que c’était normal que mon corps change. Je me trouvais grosse, mon visage enflait et j’attendais juste de me remettre à m’entrainer après mon accouchement ».

Alors enceinte de 31 semaines, Jessica se voit confinée dans un fauteuil roulant. Elle est hypothéquée dans l’accomplissement de ses activités et tâches durant six semaines alors qu’elle passe près d’accoucher bien avant la date prévue. À partir de ce moment-là, les comportements de son copain deviennent étranges.

Jessica et son fils Zackari
Jessica et son fils Zackari

«Mon chum n’était plus le même. Je ne le reconnaissais plus. Je me demandais ce qui se passait, il avait l’air de ne pas s’adapter du tout au fait qu’il allait devenir père. Une fois le bébé arrivé, il sortait plusieurs soirs par semaine et refusait de faire des activités avec moi. J’étais toujours toute seule avec mon fils. Il a mis un code de sécurité sur son cellulaire, chose qu’il n’avait jamais faite en dix ans de vie de couple. Je commençais à trouver qu’il se passait quelque chose de louche. Je ne suis pas une fille jalouse alors je n’avais pas de problème avec le fait qu’il sorte, je n’étais pas inquiète, mais le cellulaire barré, ça m’a intriguée. Un jour qu’il l’a laissé traîner sans le barrer, je me suis mise à fouiller dedans et j’ai trouvé des messages textes échangés avec une fille. Je l’ai questionné, il me disait que c’était une fille qu’il avait rencontré à l’école, que c’était une amie seulement. J’avais vu qu’il regardait intensément les photos de cette fille sur Instagram.  Je l’ai mis à la porte pendant trois semaines et le trouble alimentaire est revenu. Je me suis mis à perdre du poids et à faire des exercices comme une déchaînée. Je regardais les photos de la fille et je me comparais à elle ».

Quand son copain est de retour à la maison, Jessica croit que tout est terminé avec la fille. En consultant le compte Instagram de cette dernière, elle remarque que le père de son fils écrit des commentaires compromettant sur les photos de celles-ci.

« Quand je lui reflétais ses comportements, il me traitait de folle d’aller fouiller sur ces photos ».

En avril, malgré les bas, le couple se stabilise et passe de beaux moments ensemble. Encore prise de doutes, Jessica décide de consulter la facture de téléphone de son copain alors qu’il lui disait ne plus avoir aucun contact avec l’autre fille. Elle voit un numéro de téléphone qui revient souvent et décide d’envoyer un message texte à ce numéro. C’est la copine de son amoureux qui lui répond.

« J’ai confronté mon chum, on s’est engueulé. Il m’a avoué qu’il l’a voyait toujours et qu’il avait des relations sexuelles avec elle. Il l’a voyait depuis huit mois. J’ai appelé mes parents ce jour-là pour qu’ils viennent me chercher et je suis partie revivre au Saguenay, près de ma famille ».

Le trouble alimentaire de Jessica revient alors en force.

« On ne se guérit jamais vraiment d’un trouble alimentaire. Quand je vis une situation difficile, j’ai un besoin de contrôle et c’est le moyen que j’ai pour gérer la situation. C’est malsain. Pour d’autres, ce sera l’alcool, le jeu, etc. Par contre, quand j’arrive à reprendre le dessus des situations difficiles, les choses se replacent et le trouble alimentaire perd de son emprise ».

Depuis juillet dernier, Jessica a repris le poids qu’elle avait perdu au printemps et elle en est bien heureuse. Avoir un enfant remet aussi les choses en perspective. Jessica sait que sa présence dans sa vie l’aide à recoller les morceaux et lui donner de la force.

« Ce n’était pas mon plan de vie de me retrouver monoparentale à 24 ans. Ce gars-là, c’était l’homme de ma vie, j’allais mourir avec lui. Les plans changent, la vie change. On s’attend jamais à ça, on fait avec quand ça arrive. L’infidelité était impardonnable, on s’en était souvent parlé moi et lui. On ne devait jamais se rendre là. On s’était entendu pour se laisser avant d’arriver là si ça devait se produire ».

La séparation de Jessica lui a appris à prendre soin d’elle et à se mettre à l’avant plan dans sa vie.

« J’ai réalisé à quel point mon copain avait été manipulateur et peu présent avec moi durant notre vie commune quand je repensais à plein de détails de ces années-là. Toutefois, je ne regrette pas cette relation, il y’a eu plein de beaux moments et elle m’a donné un fils. Je le sais que mon ex m’aimait et je n’ai rien à voir dans cette décision qu’il a pris d’aller voir ailleurs. Quand on se fait tromper, ce n’est pas de notre faute, on n’a rien fait pour que ça se produise. Je ne suis plus en colère. La rancune, c’est juste à moi que ça ferait du tort. En fait, c’est une bonne chose que ça soit arrivée ainsi parce que ça m’a permis de travailler sur moi, de développer ma confiance et aujourd’hui, je suis heureuse. Je n’ai jamais été aussi bien avec moi-même ».

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Depuis début septembre, Jessica est en couple avec un nouvel homme. Il aime son enfant et il est bon pour elle. Elle avoue toutefois avoir peur de s’engager à nouveau dans une nouvelle relation. Elle a beau avoir pardonné à son ex-copain, mais la plaie reste encore ouverte.

« J’ai pas le goût de me mettre à fouiller dans son cellulaire, je veux lui faire confiance. Il n’a pas à payer pour les erreurs d’un autre. Je ne veux plus avoir mal comme j’ai eu, c’est une crainte qui est présente en ce moment. Je dois faire confiance, le passé est derrière moi. On verra bien ce qui va se passer avec l’amour, avec la vie. 

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Crédits photos: Annie Murphy et collection personnelle de Jessica

ANICK

Sa devise : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort »

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Un heureux mélange de santé et d’amour est ce qui nous garde en vie. Tout l’argent du monde ne peut l’acheter. C’est un cadeau précieux qui vient dans une boîte de verre et Anick est de celles qui ont reçu cette boîte un peu abîmée…

Lors de sa première hospitalisation, Anick n’est âgée que de trois ans.

«À cet âge, je pleurais tout le temps. Je n’avais rien d’anormal à première vue, mais j’étais plus petite que la moyenne et j’avais les genoux légèrement croches. Mes parents ont décidé d’aller consulter puis j’ai eu un diagnostic d’arthrite rhumatoïde et de rachitisme. J’ai été hospitalisée à Montréal durant quelques mois alors que ma famille est originaire de l’Outaouais. À cette même période, mon père a été diagnostiqué d’un cancer du côlon. C’est à ce moment qu’on lui a découvert la polypose adénomateuse familiale (PAF), une maladie génétique et héréditaire qui provoque un développement de polypes dans le système digestif qui peuvent s’avérer cancéreux. Il a subi une opération d’urgence et s’est fait hospitaliser dans la région d’Ottawa ».

En plus de la maladie en elle-même, ces problèmes de santé engendrent des dommages collatéraux qui sont aussi difficiles à vivre.

« Mon père, qui était alors fermier, a dû prendre la difficile décision de vendre la ferme paternelle. Il était difficile de trouver quelqu’un pour prendre sa relève durant sa maladie. Ma mère, pour sa part, ne conduisait pas et devait se rendre au chevet de son conjoint et de sa fille dans deux provinces différentes. Des amis ou des membres de la famille devaient donc l’accompagner dans ses nombreux déplacements. Ça a été une période très difficile pour eux. La maladie n’a pas épargnée ma mère non plus; elle s’est retrouvée en dépression majeure ».

Après son hospitalisation, la petite Anick part habiter chez sa tante, la sœur de sa mère, avec le mari de celle-ci et leurs filles. Pendant environ un an, Anick y habite durant la semaine et passe ses fins de semaine avec sa mère qui tente de retourner sur le marché du travail et de se refaire une santé psychologique.

« Malgré tout, je garde de bons souvenirs de cette époque. Je suis fille unique et j’ai pu passer beaucoup de temps avec mes cousines et m’amuser avec elles comme des sœurs le feraient. J’avais un lien fort avec elles. Et ma tante et mon oncle étaient comme mes deuxièmes parents ».

Après un an, lorsque Anick revient habiter à la maison, elle doit vivre avec un père déprimé et colérique suite aux conséquences de sa maladie. Anick a peur de lui et refuse catégoriquement de rester seule en sa compagnie. Elle s’accroche alors à son oncle qui représente une figure paternelle pour elle, du moins durant une certaine période.

« J’avais 12 ans quand mon oncle est décédé. J’en voulais à la vie de me l’avoir enlevé. Il était comme mon père, celui que j’aurais voulu avoir. Ça été un énorme coup pour moi».

En troisième secondaire, Anick doit subir l’ablation de glandes parathyroïdes dont le dysfonctionnement cause un problème à ses reins. Quelques années plus tard,  alors âgée de vingt ans, Anick entreprend un BAC en psychologie. Cette même année, son père est victime d’une encéphalite. Il est hospitalisé et se retrouve dans un coma léger qui le rend incohérent et agressif. Il a alors 53 ans. Il survit, mais il a des séquelles : de considérables pertes cognitives. Le mauvais sort s’acharne : il est déclaré inapte au travail et se fait retirer son permis de conduire.

« Pour mon père, le travail, c’est la vie. Déjà qu’il avait dû vendre la ferme familiale et se retrouver employé dans une usine de pâtes et papiers, il était maintenant forcé à la retraite prématurée. Quand tu te définis principalement comme un travailleur, qu’est-ce que tu fais quand on t’enlève cette identité? Et quand t’es le principal chauffeur de la famille et qu’on t’enlève ce privilège…qu’est-ce qui te reste? »

Anick voit alors en son père un homme en perpétuelle colère avec des idées noires. Un homme victime de l’injustice de la vie, qui se questionne sur les raisons du mauvais sort de s’acharner sur lui.

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«J’avais 23 ans quand j’ai commencé à avoir des troubles digestifs qui s’apparentaient à ceux qu’avait eu mon père avant d’avoir son diagnostic de PAF. Je savais que cette maladie était héréditaire et que j’avais des chances de l’avoir, mais j’étais dans le déni. Je me disais que j’avais ben que trop eu d’épreuves pour que la vie m’en redonne d’autres. Il ne pouvait plus rien m’arriver, j’avais plus que payé ma part ».

Sa mère réussit alors à la convaincre de consulter. Lors d’un examen en gastro-entérologie, on trouve à Anick des milliers de polypes dans son intestin. Quelques tests plus poussés puis le diagnostic tombe; elle souffre également de polypose adénomateuse familiale et quelques polypes découverts dans son intestin sont cancéreux.

« Je venais d’acheter une maison avec mon ex-copain. Une nouvelle joie qui a dû faire place au stress de la maladie qui revenait me hanter. Le 10 avril 2007, j’ai subi l’ablation du côlon ».

Le plus difficile : Anick doit vivre pendant huit mois avec une stomie avant de subir une nouvelle chirurgie pour la faire retirer.

« J’ai 23 ans, je suis dans la fleur de l’âge. Non seulement je dois accepter que je vais garder une importante cicatrice  sur mon abdomen causé par cette opération, mais en plus je dois traîner un bout d’intestin et un sac qui récupère mes excréments sur mon ventre. Ça a été très difficile. J’ai été déprimée et j’ai beaucoup pleuré. C’était le summum de la honte pour moi. En quoi je suis attirante pour mon chum? J’acceptais difficilement de me voir hypothéquée à ce point-là. C’est carrément le soutien de ma mère et de mon chum de l’époque qui m’a sauvé la vie ».

C’est aussi sur internet, sur des sites consacrés à la maladie qu’Anick trouve du soutien.

« Ça m’a permis de rencontrer des gens qui avaient le même diagnostic que moi. J’ai pu m’extérioriser, partager avec ceux qui ont subi des opérations comme les miennes et des traitements semblables. Surtout, ça m’a permis de voir que plusieurs l’avaient beaucoup plus difficile que moi. J’avais été chanceuse malgré tout et je m’en suis rendu compte en me comparant ».

L’année suivante, quelque part en juin 2008, Anick souffre de douleurs épouvantables au ventre. Elle vomit et est incapable de marcher. Elle endure son mal durant 72 heures avant de se décider d’appeler l’ambulance. À l’urgence, on lui passe une radiographie; elle fait une péritonite. Son intestin s’est rompu et elle est en train de s’intoxiquer.

« On peut mourir d’une péritonite en deux jours.  Dans mon cas, je me suis fait traitée après 72 heures. Je ne sais même pas comment j’ai survécu. En moins de cinq minutes, je me suis retrouvée en salle d’opération ».

Finalement, en août 2009, Anick subi l’ablation de polypes pré-cancéreux par laparoscopie quelques jours avant d’emménager dans son nouveau condo. Elle est nouvellement célibataire et c’est la dernière fois qu’elle se retrouve en salle d’opération.

À l’été 2009, Anick est une femme marquée par la maladie qui tente de changer son mode de vie et de mener son existence un jour à la fois.

« Avec tout ce qui est arrivé, j’ai ressenti une urgence de vivre. Je me suis dit : Si je meurs demain, je veux savoir à quoi le monde ressemble. J’avais une nouvelle façon de penser, de voir les choses et de nouveaux projets qui n’ont pas nécessairement rejoint ceux de mon copain de l’époque. Ça nous a éloigné l’un de l’autre ».

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« Les suivis médicaux m’apportaient toujours beaucoup de stress et d’anxiété. J’étais célibataire, aucune compagnie d’assurances ne voulait me vendre une assurance vie et je ne faisais que penser à la maladie. Je me suis retrouvée en arrêt de travail, vidée, brûlée. J’ai décidé de prendre une pause, de profiter de la vie. J’ai une confiance inébranlable en moi en lien avec la maladie : je suis passée au travers de tout et j’y arriverai encore. C’est pas du déni; j’apprends tant bien que mal à focuser sur le positif. Être optimiste et vivre au jour le jour: la maladie t’apprend ça ».

Depuis environ quatre ans, Anick n’a plus de suivi pour sa maladie. Si elle l’a cessé d’elle-même il y a quelques années, le jour où elle a voulu le reprendre, elle s’est buttée à la bureaucratie, aux boîtes vocales, aux secrétariats qui se relancent l’un et l’autre…

« J’ai toutes les misères du monde à aller voir un gastro-entérologue alors que ma vie pourrait en dépendre. Alors, je lâche les armes pour ne plus retomber malade, encore en arrêt de travail, complètement vidée ».

Aujourd’hui, Anick est amoureuse à nouveau. Elle travaille auprès d’une clientèle qu’elle aime et elle poursuit des études universitaires dans son domaine, ce qu’elle aurait rêvé d’accomplir plus jeune mais que la maladie lui a empêché.

« Un jour, j’aimerais avoir des enfants, mais je reste avec la crainte de leur transmettre la maladie comme mon père me l’a transmise. Il ne l’a jamais dit, mais je crois qu’il s’est senti coupable. J’ai peur d’avoir à regarder mes enfants passer à travers toutes ces épreuves à cause de la maladie. Ils peuvent être moins chanceux que moi parce que, malgré tout, je l’ai eu bien plus facile que d’autres ».

La bataille avec la polypose adénomateuse familiale n’est jamais gagnée. La maladie peut revenir constamment et causer toujours plus de dommages et de tumeurs cancéreuses. Un stress important à vivre qu’Anick s’est vue dans l’obligation d’apprendre à gérer. Considérons qu’elle est atteinte également d’arthrite et que ça lui cause diverses douleurs articulaires depuis son enfance.

« La maladie t’apprend à dédramatiser. Dans la vie, atteint d’une maladie ou non, une chose est certaine : tu vas mourir un jour. Tu dois profiter de la vie, fermer les yeux puis foncer. L’important, c’est d’être bien entouré. Il y aura toujours des risques, c’est ça la vie. Advienne que pourra ».

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Crédits photos: Annie Murphy

GABRIELLE

Sa devise : “Embrace your weirdness”

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Véritable amoureuse de l’art et créative boulimique, Gabrielle est aussi connue sous le nom de Mamie Urbaine. Elle a fait de la laine sa passion et son canaliseur d’énergie. Son immense talent lui permet de voir de plus près son rêve de devenir travailleuse autonome se réaliser.

« J’ai toujours été une fille super créative, j’ai appris à tricoter à 8 ans, à l’école. Il y a quelques années, je suis tombée sur un site web (The wool and the gang) et ça m’a donné envie de recommencer faire du tricot. Puis j’ai trouvé des tutoriels sur internet sur le crochet et je me suis lancée ».

Et quand elle décide de se lancer, Gabrielle n’y va pas à moitié. Son premier projet est de fabriquer une couverture. Il lui faut un an. Devant ce magnifique travail réalisé, des amis, de la famille et des gens de l’entourage se mettent à lui faire des commandes spéciales.

Le premier projet de Gabrielle
Le premier projet de Gabrielle

Forte de ces demandes, Gabrielle créé en 2012 sa page Facebook. Le nom de son entreprise : Mamie Urbaine. La réponse est positive et les commandes de foulards, tuques, mitaines et pantoufles affluent.

« À ce moment-là, je travaillais 35 heures par semaine pour un organisme en plus de Mamie Urbaine, ce qui totalisait 60-70 heures/semaine! Un de mes plus grands rêves dans la vie était de devenir travailleuse autonome. Avec Mamie, je pouvais enfin espérer accéder à ce mode de vie. Mes commandes et mon développement me demandant de plus en plus de temps, j’ai fini par prendre décision de me lancer. Je suis devenue pigiste à temps partiel pour le même organisme».

Se lancer prudemment dans le vide; c’est un peu ce que Gabrielle fait. Se lancer en affaires rapidement, ça prend une bonne dose de confiance.

 « J’ai relativement confiance en moi, même si je suis paradoxalement timide, et je vois plein de gens autour de moi se remettre souvent en question alors qu’ils sont bourrés de talents et de compétences. Du coup, je ne me trouve pas normale de ne jamais douter et donc, je finis moi aussi par me remettre en question! Par contre, depuis le début de l’aventure Mamie Urbaine, je n’ai pas de doutes. C’est la première passion durable que j’ai dans la vie et ça va de soi d’avancer dans cette voie, c’est naturel et exponentiel. Il reste seulement à apprendre à dealer avec l’insécurité…mais,il faut faire confiance à la vie!».

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Une des craintes à lier passion et travail est que justement, la passion n’en soit plus une. Les tâches et responsabilités du travail peuvent faire perdre la magie d’un engouement qui a pourtant opéré durant des années.

« C’est important de se laisser des pauses, de se respecter, de fermer un peu la porte et de s’intéresser à d’autres projets tout en sachant qu’on va y revenir. Je ne me ferme pas et je reste ouverte aux opportunités. D’ailleurs, je suis impliquée également dans d’autres sphères et j’ai des projets qui verront bientôt le jour. Je suis un peu hyperactive et j’ai envie de m’impliquer dans tout!».

Après avoir complété un DEC en arts plastiques et un BAC en loisirs, culture et tourisme, Gabrielle et un ami sont partis pour deux mois, en voiture, à travers les États-Unis. Une route de 20 000 km qui allait leur faire vivre de magnifiques expériences dont elle se rappelle encore avec nostalgie. La liberté totale et une promesse d’avenir prometteur.

Si Mamie Urbaine a fait de la laine sa passion, j’ai bien l’impression que Gabrielle a fait de la vie, la sienne.

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Crédits photos: Simon Laroche 

Page Facebook de Mamie Urbaine

La boutique Etsy de Mamie.