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MARIE-HÉLÈNE

Je connais Marie-Hélène comme une jeune femme dynamique, positive, impliquée et déterminée. Sa joie de vivre et son sourire sont contagieux. Si tout semble lui réussir aujourd’hui, c’est qu’elle a su faire preuve d’une grande résilience et d’une force intérieure pour devenir la femme inspirante qu’elle est.

« À 13 ans, je perdais ma mère d’un foudroyant cancer et je perdais tous mes repères. Étant la seule fille à la maison avec deux frères aînés, j’ai dû devenir mature avant le temps. Mon père a refait sa vie par la suite et nous sommes déménagés dans une autre région. Je ne voulais pas, je lui en voulais et je n’avais pas de bons liens avec sa nouvelle copine. Quand je suis rentrée à l’université, je voulais être loin de ma famille donc je suis partie pour Québec et je suis tombée en débauche; jamais assez creuse, mais assez pour me faire du mal et en faire à des gens que j’aimais. J’ai toujours vécu avec une certaine culpabilité d’avoir blessé des gens qui m’aimaient.

Cette période de débauche m’a poussé à partir dans l’Ouest canadien, car j’étais au bout du rouleau, en pleine dépression. Je me suis dit que ce voyage allait m’aider à remettre les choses en place et à me remettre sur pied. Toutefois, j’ai tellement senti un rejet et une incompréhension d’une partie de ma famille et de l’homme qui comptait pour moi, mon père, que je ne voulais absolument pas revenir. Un ami rencontré là-bas m’a fait comprendre que je n’allais pas régler mes deuils par la fuite, en ne rentrant pas. Je ne voulais tellement pas me montrer vulnérable je ne voulais pas montrer que j’avais échoué une partie de ma vie. Je me suis toujours montrée forte même après le décès de ma mère que c’est maintenant rendu difficile pour moi d’avouer mes faiblesses. Si je suis encore en vie aujourd’hui, c’est grâce à l’un de mes frères qui m’a toujours soutenue et qui a compris ma détresse. J’ai suivi une thérapie…j’avais tellement manqué de modèles, d’amour dans les dernières années que mon estime était totalement à refaire. J’ai encore des liens difficiles avec mon père, j’ai tellement toujours l’impression de n’être jamais être assez bonne, alors je me défonce dans la vie. J’ai un super travail dans les communications, j’ai des projets et je réalise plein de défis stimulants. Je suis fière de moi et j’aimerais que mon père le soit aussi. 

Aujourd’hui, j’ai la chance d’être entourée d’amis extraordinaires et d’un copain merveilleux. Je suis choyée en ce sens et c’est précieux pour moi. Pour le moment, je ne veux pas d’enfant; pour moi, c’est trop fragile l’enfance et les décisions d’adultes peuvent avoir un impact tellement grand et destructeur sur eux. Maintenant  j’accepte mieux mon passé et je partage mes bonheurs et mes peines avec ces êtres magnifiques qui m’aiment et qui ont fait le choix d’être dans ma vie et moi, dans la leur. »

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Crédit photo: Album personnel de Marie-Hélène.

STÉPHANIE

Devise de vie : « Que la peur soit ton moteur »

À seulement 28 ans, Stéphanie a un parcours professionnel impressionnant. Dotée des plus grandes qualités humanistes, elle les met au service des autres avec passion. Portrait d’une jeune femme inspirante.

« J’ai été élevée à Boucherville, une banlieue très homogène de gens de classe moyenne élevée et supérieure. Les gens sont souvent dans le « paraître », mais on ne sait jamais ce qui se passe derrière les murs de leur belle maison. Mes parents se sont séparés alors que j’avais 16 ans et c’était pour le mieux. Une séparation est toujours préférable à des conflits au sein d’un couple.»

À cause de sa réalité à la maison, la jeune Stéphanie se doit de mûrir plus rapidement. À l’école, les enseignants qui sont témoins de sa grande maturité, l’impliquent dans la correction des dictées et lui demandent de s’occuper des plus jeunes au service de garde.

« On me sollicitait et c’était stimulant pour moi, j’adorais m’impliquer auprès des plus jeunes, animer des ateliers et avoir un contact avec eux. Dans un travail scolaire, on m’avait demandé de nommer mes qualités et j’avais écrit « Je suis bonne pour être un être humain ». À cette époque-là, je n’avais pas le vocabulaire pour dire que j’étais empathique, que j’aimais le contact avec les gens et que j’avais un bon sens de l’écoute. Je savais que j’étais une bonne confidente et j’avais un fort sentiment de justice. »

Justement, au primaire, alors qu’une de ses camarades de classe d’origine sénégalaise est victime de racisme de la part de leur enseignante, la jeune Stéphanie l’incite et l’accompagne afin de rapporter ces injustices à la direction. Des mesures sont alors prises envers l’enseignante fautive.

« J’ai longtemps voulu être avocate quand j’étais jeune à cause de mon grand sens de la justice. Je sentais que j’avais la répartie et la grande gueule pour y arriver. Quand j’ai compris que la justice n’était pas vraiment « juste », j’ai vite changé d’avis. »

C’est alors en psychoéducation à l’Université de Montréal, que Stéphanie entreprend ses études universitaires.

« Dès le début de mes études, j’ai commencé à travailler en déficience intellectuelle dans un organisme communautaire.  J’ai adoré la clientèle, je me sentais vraiment à ma place. »

Alors qu’elle poursuit sa maîtrise en psychoéducation, ses travaux l’amènent à visiter des familles qui ont un enfant atteint d’autisme. Cette expérience la conduit à publier un premier ouvrage intitulé Laisse-moi t’expliquer l’autisme, parût en 2012 aux Éditions Midi trente. Ce bouquin, qui se veut un « livre-documentaire », est destiné aux enfants d’âge scolaire ainsi qu’aux parents et a pour but de démystifier l’autisme. Cet ouvrage l’a amenée à être finaliste au prix littéraire Hackmatack.

Avec le temps, plusieurs autres ouvrages vont suivre sur les thèmes de l’estime de soi, l’hypersexualisation, les habiletés sociales et un livre pour le réseau des femmes de Chaudières-Appalaches. Elle récolte les honneurs pour plusieurs d’entre eux, dont le prix Égalité 2015 pour son livre sur l’égalité fille-garçon. En 2014, son premier roman adulte intitulé L’Éphémère est lancé. Ce dernier fait de la jeune psychoéducatrice et auteure, la lauréate du grand prix du livre de la Montérégie. Au moment où l’on se parle, Stéphanie planche sur l’écriture de ses prochains ouvrages prévus à paraître prochainement.

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« J’ai toujours écrit. Pour moi, c’est nécessaire et vital au même titre que manger et dormir. Être auteure, c’est un rêve que je caressais depuis longtemps. Mes parents voulaient qu’on fasse des études universitaires mon frère et moi. Ils nous ont poussés, mais moi plus jeune je ne me voyais pas aller à l’école longtemps, je me voyais autodidacte. Me concentrer plusieurs années sur un seul sujet d’étude, c’était trop long pour moi. Je voulais écrire. Paradoxalement, j’ai fini par faire une maîtrise, mais j’écris également. Mon rêve ultime, c’est de vivre de ma plume. »

Stéphanie l’avoue, elle a constamment besoin d’être stimulée intellectuellement. Véritable touche à tout, il est difficile pour elle de n’être qu’à un seul endroit professionnellement, elle s’ennuie facilement dans une routine. À 25 ans, Stéphanie est déjà chargée de cours à l’Université de Montréal. Aujourd’hui, dans le cadre de son travail, elle offre des services de pratique privée en psychoéducation, elle travaille à temps partiel pour l’organisme Mira, elle offre des formations, des conférences, des ateliers, du coaching parental… Du côté des communications, elle écrit et collabore à différents médias (radio, télé, journaux) et, depuis un an, elle est chroniqueuse en tant que psychoéducatrice à l’émission Format familial sur les ondes de Télé-Québec

Rappelons qu’elle a seulement 28 ans.

À la radio avec Marie-Josée Harel
À la radio avec Marie-Josée Harel

Tout n’est pas tout rose pour la jeune femme douée; en mars 2013, alors qu’elle travaille 80 heures par semaine, elle s’effondre. Diagnostic : Surmenage.

« Ça a été l’élément déclencheur qui m’a amenée à me poser un tas de questions : pourquoi je travaille autant? Pourquoi ai-je autant besoin de m’étourdir? De quoi j’ai peur? Qu’est-ce que je cherche exactement? Qui suis-je réellement? J’ai réalisé que je me définissais uniquement par ce que je faisais. J’étais psychoéducatrice et auteure. Tel était ma définition de moi-même. Je devais donc apprendre à être plutôt qu’à faire, à me définir autrement.Où est la limite entre la passion pour son travail ou l’obsession maladive? Il y a une différence entre quelque chose qui est énergisant et l’autre qui est énergivore.»

Stéphanie admet que le travail en relation d’aide a un certain effet pervers.  On s’oublie pour se concentrer sur les problèmes des gens que l’on aide. C’est facile d’être dans le déni de notre souffrance et de nos difficultés quand notre travail consiste à soigner celles des autres.

« Je ne savais pas encore exactement qui j’étais. J’étais toujours l’opposé de ce que je faisais, j’avais l’air d’être en parfait contrôle alors que c’était le chaos total dans ma tête. Je ne me laissais pas le droit de ne pas être parfaite. Je me disais que si je me montrais vulnérable, les gens aux mauvaises intentions allaient en profiter. Je me disais également que l’amour ça se mérite quand on est parfait, pas autrement. »

Le surmenage, c’est ce qui a permis à Stéphanie de se remettre en perspective et à faire du ménage dans toutes les sphères de sa vie. Toutefois, le chemin peut encore être un peu ardu.

 « J’ai encore mes moments d’angoisse, de questionnements, de solitude et de craintes en l’avenir. Paradoxalement, je suis une peureuse, mais aussi une grande fonceuse. La peur est omniprésente; j’ai peur de manquer temps, de passer à côté de ma vie, j’ai peur de ne pas tout accomplir… Je suis très axée sur la destination et pas assez sur le chemin. Quand j’arrive à l’aboutissement d’un projet, je me dis « What’s next? ». Je ne vis pas assez le moment, je prends ne pas toujours le temps de me déposer, de savourer et d’apprécier la route. Je dois travailler là-dessus. »

Désormais plus sensibilisée aux troubles de santé mentale, Stéphanie lance un projet avec son amie Julie Philippon. Elles veulent amasser des fonds pour l’organisme Les Impatients. Elles s’embarquent ensemble et montent sur pied une soirée de conférences pour la semaine de la santé mentale. Les visages de la santé mentale, leur projet, se tient en mai 2014 au cabaret du Lion d’Or à Montréal. Des figures connues y sont présentes et font des témoignages inspirants sur leurs propres défis et victoires avec la santé mentale.

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« C’était beaucoup de travail et d’organisation, mais un magnifique projet. Je veux être porteuse d’un message, je me sens en mission de devoir communiquer, de sensibiliser, d’informer… J’veux qu’il y ait une portée. Personne n’a le don de réparer qui que ce soit, on est des outils. On peut être des conseillers, des déclencheurs, mais on ne fait pas de magie. Je ne crois pas en les spécialistes, je ne suis pas une spécialiste, je suis un être humain qui a une facilité avec les autres êtres humains. Ma job, c’est d’être ouverte, humaine et authentique pour générer ces mêmes qualités. Les gens cherchent d’abord notre empathie, bien plus que notre savoir-faire. »

Avec tous ses accomplissements, on serait porté à croire que la confiance en soi de Stéphanie est inébranlable. Modeste, elle admet plutôt qu’elle élargit sa zone de confort qui s’agrandit au fil des réussites.

« Mon moteur, c’est ma peur, pas la confiance en moi. »

Stéphanie lors du lancement de son roman L’Éphémère.

À 26 ans, suite à son surmenage, Stéphanie reçoit un diagnostic de TDAH (trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité). Également, elle se sépare de son amoureux des six dernières années avec qui elle venait d’acheter une copropriété.

« Cette relation me permettait un certain équilibre, mais ça me rappelle les paroles d’une chanson de Salomé Leclerc : « Je te montrerai comment on garde l’équilibre en se balançant ». L’équilibre c’est pas un état statique. Si tu es en équilibre, c’est que t’es en mouvement. Nous, nous  étions immobiles. On s’est séparé, sans drame, sans haine. »

Aujourd’hui, Stéphanie est en couple et amoureuse de Rodrigo, qui est papa d’un garçon autiste. Ils habitent maintenant tous ensemble.

« On s’est choisi tous les deux. On se ressemble, on connecte. C’est la première fois que je me laisse le droit d’être autant amoureuse, de me donner le droit d’être vulnérable. »

Aujourd’hui, Stéphanie se sent plus fidèle à elle-même grâce au ménage et aux mises au point que lui a permis de faire le surmenage dont elle a souffert.

Comme tous les autres humains, Stéphanie n’est pas parfaite et elle l’assume enfin. N’empêche, on ne peut qu’affirmer que c’est vrai, qu’elle est «bonne pour être un être humain ».

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Crédits photos : Rodrigo A. Gutierrez et album personnel de Stéphanie.

Pour visionner sa conférence « La résilience se trouve dans les livres » donnée à TEDx Québec: https://www.youtube.com/watch?v=AlPRz6E9vMk

Pour plus d’informations sur les services de Stéphanie, pour la suivre ou pour mieux la connaître : http://ensemblemaintenant.com/

Sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Ensemble-maintenant-Le-blogue-et-les-services-psycho%C3%A9ducatifs/180731061952575

MARIE-ÈVE B.

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Sa devise : « Il est de notre responsabilité d’honorer notre mission personnelle »

Élevée dans la simplicité avec des valeurs proches de la nature et axées sur la santé et le mieux-être, on peut dire que Marie-Ève a utilisé son éducation à bon escient. Celle qui se dirigeait vers le design et les communications a su, à un moment crucial de sa vie, réévaluer sa route et décider de vivre en harmonie avec ses valeurs profondes.

« Ma mère m’a eu très jeune. Elle était monoparentale et très peu en moyens. Elle m’a donc éduquée avec un mode de vie assez simpliste, mais elle a toujours su me transmettre l’importance qu’elle vouait au bien-être, aux soins et à la saine alimentation. Elle était grano à l’extrême. Elle m’a inculqué un désir de nature brut et celui d’être en état de contemplation. À défaut d’être en moyens financiers, ma mère m’a donné  la richesse de pouvoir m’évader dans la nature. Ce sont de magnifiques souvenirs d’enfance que je garde. »

À l’adolescence, les choses se corsent pour Marie-Ève. Elle cherche à s’extirper de la relation très fusionnelle qu’elle a avec sa mère.

«Je suis devenue une vraie fille de party. J’allais dans les raves, j’ai fugué, lâché l’école… J’avais  besoin d’explorer mes propres limites et rejeter en quelque sorte le positif qui m’avait été inculqué par ma mère. J’ai été chanceuse dans cette aventure. J’ai eu un  terreau très positif qui a fait en sorte que je ne suis pas tombée dans les extrêmes. »

C’est autour de l’âge de 20 ans que Marie-Ève se pose et arrête de faire la fête. Elle constate son intérêt profond de prendre soin d’elle, de bien manger et découvre en fait qu’elle ressemble beaucoup plus à sa mère qu’elle le croyait. À ce moment de sa vie, attirée par la créativité, Marie-Ève se lance dans des études universitaires en design graphique. Vers la fin de ses études, d’importantes remises en question viennent la tirailler.

« Je ne me sentais pas heureuse, pas épanouie. Je me demandais ce que je faisais dans ce domaine-là. J’aimais le côté créatif, mais le discours ne me rejoignait pas, je sentais que ce n’était pas en lien avec mon essence, mes valeurs profondes. C’était un domaine de show off, de compétition. J’étais hyper angoissée, je faisais des crises de panique à tous les jours. J’ai travaillé trois ans dans le domaine. Un jour, je me suis fait offrir un poste de rêve, celui qui m’aurait amené confort matériel et notoriété. Ce soir-là en rentrant chez moi, la carapace a explosé : mon corps et mon cœur ne voulaient pas de cette vie. Je sentais que j’allais régresser en acceptant ce poste malgré l’image de la fille qui a réussi que ça m’aurait apporté. Je vivais une crise existentielle, je me suis dit : « je ne peux pas croire que je suis payée pour faire surconsommer les gens et leur vendre des cochonneries! ».  C’était à l’opposé de ma vision de la vie. J’étais tellement désharmonisée de ma mission que je me consumais de l’intérieur. Je ne me donnais pas la bonne nourriture. J’avais besoin de me sentir utile et dans la vie, ce que j’aime, c’est prendre soin de moi et des autres. J’ai donc tout lâché et je suis partie travailler dans une boutique puis dans un studio où je pratiquais le yoga depuis quelques années déjà. Un retour à un mode de vie modeste, mais qui priorisait mon bonheur.»

C’est suite à une importante peine d’amour que Marie-Ève s’est lancée dans les cours de yoga. Cette pratique a totalement changé sa perspective de vie.

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« Avec le yoga, c’est comme si je retrouvais un univers que je connaissais et que j’avais perdu. Je me souviens du premier cours auquel j’ai assisté. J’étais vide, complètement désancrée dans ma vie et c’était justement après mes études en design. J’ai regardé la professeure en avant et j’ai su immédiatement que je devais faire ça dans la vie. Le côté humain et l’aspect partage m’ont touchée. Je voulais apporter quelque chose de positif aux gens, leur transmettre le bienfait que le yoga m’apportait à moi-même. »

Ce n’est que quelques années plus tard, alors qu’elle travaille comme réceptionniste au studio que Marie-Ève décide d’aller faire sa formation de professeure de yoga à l’école de Nicole Bordeleau.  À peine quelques mois plus tard, elle fonde son entreprise Pop yoga, maintenant appelée Pop spirit, dont la spécialité est d’abord d’offrir des services de séances de yoga en entreprise et dans les parcs de Montréal.

« L’été suivant, j’ai découvert le SUP (stand up paddle board). J’ai été initiée à la planche à voile dans mon enfance et ça me manquait. Cette activité venait nourrir un côté plus éclaté, plus aventurier chez moi. J’étais dans un moment de ma vie où j’avais besoin de bouger, moi qui avait été tant sérieuse dans le passé. J’ai tellement été malheureuse trop longtemps et prise dans mon ego. Le plaisir était revenu en même temps que le bonheur. J’ai ensuite incorporé les activités de paddle board aux services offerts par Pop spirit. »

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Le bonheur était bien aux portes de Marie-Ève, mais pour la grande sensible qu’elle est, les peines sont souvent restées au rendez-vous.

« J’ai été blessée par des gens qui m’ont prêté de mauvaises intentions avec mon entreprise. Des gens croyant que je cherchais une popularité malsaine. J’ai dû me rendre à l’évidence que quand on devient heureux, ça déstabilise les gens autour de nous, particulièrement les gens malheureux. Quand tu rayonnes de l’intérieur, ça dérange bien des gens. Notre succès confronte parfois les gens autour de nous à leurs échecs. Plus on se rapproche de sa vraie nature, plus nos relations se transforment. C’est inévitable. Il ne faut pas chercher à gérer tout ça, on doit apprendre à lâcher prise. »

Si la réussite peut susciter des sentiments négatifs chez certains proches, ce même succès peut également venir confronter en nous des zones plus fragiles.

 « Ça n’a pas été évident au début d’apprendre à me faire confiance dans mes nouveaux désirs et projets de vie. Je n’ai pas eu ce modèle de réussite dans ma vie,  je ne viens pas d’une famille d’entrepreneurs, de gens qui sont sortis des sentiers battus. Le syndrome de l’imposteur n’est jamais bien loin. Il faut absolument focuser sur notre objectif et moi, je voulais contribuer au bien-être des gens. Quand quelque chose te passionne dans la vie et que tu tiens vraiment à réaliser un but, il y a peu de choses qui peuvent réussir à t’arrêter. 

Les yeux de Marie-Ève s’embrasent lorsqu’elle parle du bonheur qu’elle a à exercer son métier.

« J’aime donner des ateliers. Je me considère choyée de voir l’évolution rapide chez les personnes qui y assistent. J’aime rencontrer les gens et m’inspirer de leur parcours de vie. Les grandes choses dans ma vie me sont souvent arrivées par les actions de purs inconnus. On ne peut se permettre de juger ou de se fermer aux nouvelles personnes qui apparaissent dans notre vie; ces gens peuvent nous nourrir plus qu’on ne peut l’imaginer bien souvent. Je suis excessivement chanceuse de pouvoir constater ça dans ma vie et d’absorber la bonne énergie des gens inspirants que j’ai la chance de côtoyer. Ça me fait vibrer le mieux-être, ça m’apporte beaucoup personnellement et j’ai le bonheur de partager ça avec les gens.»

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Au-delà de la carrière que l’on choisit et de l’argent qu’elle rapporte, on réalise que le tout est bien plus une question de valeurs profondes et du respect de celles-ci.

 « Ma vie fait du sens pour moi, c’est ce qui est primordial. J’ai tellement vécu longtemps en mode de vie simplicité involontaire et maintenant que je pourrais vivre un mode de vie plus luxueux disons, je considère que mes années de vache maigre m’ont tellement servies. Je veux faire un pied de nez à notre société de consommation. Vivre pour la vie et non pour l’argent et être heureux au passage. J’aspire à vivre en toute simplicité le plus possible. »

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Crédits photos: Annie Murphy et collection personnelle de Marie-Eve et de Pop Spirit.

Site web de Pop Spirit

Page Facebook

GUY ET SARA

La devise de Sara : « Il faut voir l’intégrité chez l’être humain »

La devise de Guy : « L’amour l’emporte sur tout »

Il y a quatre ans, le quotidien calme de Sara et Guy a basculé totalement. Un état de stress intense a amené Guy, un homme sans aucun antécédent lié aux troubles de santé mentale à développer une psychose.

« Il y a eu deux déclencheurs stressants importants qui ont mis Guy dans un état de stress quasi-insoutenable. Il ne dormait plus depuis un mois. Un matin, nous avons été consulter une psychothérapeute qui a su considérablement soulager son angoisse. À partir de là, tout a déboulé. »

Suite à cette rencontre, délesté d’un poids immense qui lui grugeait toutes ses énergies, Guy est devenu euphorique. Cet état allait perdurer et empirer durant les quatre jours suivants.

«Il s’est mis à sauter de soulagement et il était super agité. Il est tombé sur un high, il ne dormait pas et semblait infatigable.»

Le lundi matin, convaincu qu’un complot d’enlèvement dans son quartier allait affecter un garçon à un arrêt de bus, Guy a fait appel au service de police pour demander une supervision pour le protéger.

En plus d’être employé chez Bombardier, Guy est alors bénévole pour un organisme de sécurité publique et il a travaillé étroitement avec les policiers de la sureté du Québec.  Il est donc connu comme étant quelqu’un de très intègre et responsable auprès des autorités.

«Ce jour-là, j’ai quitté pour le travail et quand je suis rentrée le soir, il a commencé à me dire que j’avais des dons, que je pouvais voir au travers des cadres sur les murs de la maison. Il avait fait un grand ménage disant que le diable était dans la maison et qu’on devait tout nettoyer. J’ai commencé à avoir peur pour lui et pour moi, car même s’il n’était pas du tout violent, je sentais que quelque chose d’anormal se passait. J’étais confuse, je ne savais pas quoi faire ou même comment agir et penser. »

Le lendemain, Sara a reçu un appel des policiers. Guy s’était présenté au poste, complétement délirant, incohérent et troublé. Ils n’arrivaient pas à comprendre ce qu’il tentait de leur expliquer. Ils l’ont alors placé en cellule pour qu’il se calme et ont suggéré à Sara de venir le retrouver.

« Quand je suis arrivée au poste, Guy était calme. Il conversait tout seul et je me suis dit que je devais faire quelque chose pour lui, mais quoi?  J’étais dans le déni, je ne voulais pas imaginer qu’il avait un problème psychologique. Je ne connaissais rien aux troubles de santé mentale. Les policiers m’ont offert de le faire transférer à l’urgence ou de le ramener à la maison. J’ai opté pour la deuxième option car j’étais convaincue qu’avec du repos, toute cette folie allait passer.

Agité et incohérent, Guy ne restait pas en place et voulait encore moins se reposer.

« Cette soirée-là, j’étais incapable de me reposer. J’avais des hallucinations intenses. Je soufflais contre le vent pour ne pas que le diable vienne chez nous et je voyais la lune me parler! Je voyais des gens, je pensais que c’était des policiers en civil. Je me plaçais comme Jésus sur la croix et je me lavais constamment le corps pour éviter que le diable entre en moi.  J’ai fait du va et vient durant toute la nuit sans arrêt et pendant ce temps ma blonde était apeurée.»

Sara pleurait dans son lit et ne savait plus quoi faire pour aider son amoureux. Le téléphone a sonné, c’était un ami de Guy qui travaillait avec lui à l’organisme de sécurité publique. Au courant de l’état de son collègue, il a offert à Sara de passer chez eux.

« Quand il l’a vu dans cet état-là, il m’a dit qu’il fallait absolument qu’on fasse quelque chose. Il m’a proposé d’appeler les services d’urgence, puis j’ai accepté qu’il le fasse, moi je ne pouvais pas. Le policier qui est arrivé connaissait Guy. Il a été très troublé et choqué de le voir dans cet état. Le transfert à l’hôpital s’est bien passé, je crois qu’il s’est senti en sécurité d’être avec des gens qu’il connaissait. Il m’a dit plus tard qu’il n’avait pas refusé d’aller en ambulance par amour pour moi, car il sentait ma crainte.»

À l’hôpital, Guy était sur l’unité psychiatrique.

« La crainte que j’appréhendais m’avait été confirmé en le voyant là. Il avait l’air d’un enfant perdu et fragile.»

Deux jours plus tard, Guy a reçu son congé d’hôpital en échange d’une promesse de prendre une médication et d’entreprendre un suivi psychiatrique. À son retour à la maison, il était encore sur un high et il n’arrivait toujours pas à dormir. Malgré qu’il fût en congé de maladie, il continuait à travailler et à envoyer des courriels à son patron. L’état euphorique de Guy allait durer encore quatre semaines.

« Trois semaines après sa sortie d’hôpital, sa psychiatre lui a expliqué qu’il avait fait une psychose et qu’il avait un diagnostic de bipolarité de type 1. Il apprenait en même temps qu’il aurait à se médicamenter à vie. On lui a aussi remis une médication pour qu’il puisse dormir et soulager ses anxiétés. Suite aux quatre semaines d’euphorie, il est tombé dans une phase dépressive qui allait durer un an. »

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Malgré tout, ce n’est que six semaines que Guy est resté en congé de maladie. Il est retourné au travail à temps plein.

«Dans cette année de dépression, j’ai eu des moments où je ne voulais plus vivre. Je ne me serais pas suicidé, mais j’espérais me faire frapper par une voiture. J’avais les idées noires, je pleurais tout le temps et j’avais de moins en moins d’énergie et envie de faire quoi que se soit. Malgré tout, le retour au travail m’a fait du bien et m’a permis de me changer les idées. N’empêche, il a fallu que je pleure et que je parle de mon envie de mourir au psychiatre pour avoir une médication qui allait me sortir de cette dépression.»

Durant cette période, Guy étant vidé d’énergie, c’est Sara qui s’est assurée de tenir la maison tout en travaillant elle aussi. Elle cherchait à soutenir son amoureux du mieux qu’elle le pouvait alors qu’elle se sentait démunie face au mal qui l’accablait.

« Ce que je déplore dans toute cette situation, c’est qu’on ne m’a jamais dit que je pouvais assister aux rencontres avec le psychiatre moi aussi. Quand Guy y allait durant le mois suivant son hospitalisation, il était encore dans un état délirant, un peu déconnecté de la réalité. Il ne comprenait pas tellement ce que le psychiatre lui expliquait et moi, personne n’a jamais pris le temps de m’expliquer ce qu’est un trouble bipolaire, une psychose… Je ne connaissais rien à ça. Je ne savais pas qu’il allait tomber dans une phase dépressive et que ça faisait partie de la maladie. On n’a pas cherché à impliquer ni informer la famille là-dedans. Je me suis sentie abandonnée et seule à plusieurs moments. »

C’est cet aspect important qui a amené Sara à produire une conférence intitulée ‘’Aimer avant et après la maladie mentale’’. Elle a à cœur la cause des familles touchées par la maladie mentale et veut amener les proches des gens atteints à aller chercher l’aide et les ressources nécessaires pour passer à travers leurs inquiétudes et leurs souffrances de voir leur proche malade. La santé mentale touche tout le monde; quand un membre de la famille en est atteint, c’est également tous les gens autour qui en souffrent. Pour Sara, ça ne fait aucun doute; les familles se doivent d’être impliquées dans le suivi et doivent savoir qu’il y a de l’aide et du support pour elles aussi.

« L’organisme Revivre a été d’un grand soutien pour nous. Ils ont pu nous expliquer ce qu’est la maladie mentale. Il y a beaucoup d’organismes qui se concentrent sur la personne malade, mais moins qui se consacrent aux proches aidants. La personne qui vit avec une personne atteinte, elle va où pour avoir du soutien, des outils, de l’information, de l’écoute, de l’aide? Moi, je n’en ai pas eu du tout. Plus tard, j’ai découvert qu’à quelques pas de chez moi, il y a un centre de femmes, le centre La Moisson, qui vient en aide aux familles qui vivent avec des difficultés. Avoir su, j’aurais été les voir, mais on le sait pas tant et aussi longtemps qu’on n’en a pas de besoin. D’accord, si j’avais fait des recherches je l’aurais trouvé, mais au cœur de la maladie je n’avais pas de forces et d’énergie pour le faire. Mon focus, c’était Guy et mon nid familial. C’est important pour moi que les gens connaissent les organismes qui sont là pour les aider. C’est pourquoi je concentre mes conférences sur les proches aidants et les ressources qu’ils peuvent aller chercher. Ce sont des informations qui devraient partir, à la base, du milieu hospitalier. Les proches ont autant besoin de soutien que la personne malade. »

Aujourd’hui, quatre ans après l’annonce du diagnostic, Guy a appris à rebâtir sa confiance et à redevenir la personne qu’il était avant la psychose. L’épisode psychotique n’est jamais revenu et il est stable grâce à la médication qu’il prend assidûment et il y tient.

«Jamais je ne voudrai cesser de prendre ma médication, même quand ça va bien. Je comprends que je suis stable grâce à elle et jamais je ne ferai revivre à ma conjointe ce qu’elle a dû vivre. »

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Justement, comment l’amour survit à ces difficultés?

« Pour moi, il n’a jamais été question que je laisse mon amoureux. C’était inconcevable pour moi.  La bipolarité est une maladie avec laquelle la personne peut vivre et je crois fermement que l’amour inconditionnel est plus fort que tout. Avec le temps, la maladie nous a rapprochés autant  nous deux qu’avec nos trois enfants.»

Et Guy ajoute un point déterminant:

« Plusieurs couples se brisent dans une situation comme celle-là. Je crois que la survie du couple dépend énormément de la volonté de la personne malade à s’aider et à se soigner. Dans mon cas, j’ai voulu retrouver une vie normale. D’autres personnes se laissent aller et vivent d’importantes cassures au sein de leur couple et de leur réseau social.»

Pour se réhabiliter, Guy compte sur sa famille, sa foi et sur l’activité physique qu’il a intégrée à son mode de vie. Avec Sara, ils assistent au Yoga du rire et tous les deux s’impliquent dans les Bontés divines de Vaudreuil-Soulanges. Il est également socialement actif, notamment en tant que bénévole à l’hôpital des vétérans de Ste-Anne-de-Bellevue.

« Ce sont des choses importantes dans ma vie et dans mon couple également. Ça me permet de rester actif et de me faire du bien. En plus, on rencontre des nouvelles personnes, il y a une belle création d’amitiés. »

Guy a eu la chance d’avoir  beaucoup de soutien de son employeur, de ses collègues, ses amis, sa famille et surtout de son amoureuse, Sara. Guy est une personne vraie, authentique et il est capable de parler de la maladie, de sa psychose et selon lui, c’est la clé pour briser les préjugés.

L’histoire de Guy et Sara se termine bien. En fait, elle est loin d’être terminée; ils ont la tête remplie de rêves et le cœur rempli de beaucoup d’amour.

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Crédits photos: Annie Murphy

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Page Facebook de Sara Vieira, conférencière.

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Revivre

Les Bontés divines

Le Yoga du rire

La moisson, centre de femmes

Association canadienne pour la santé mentale

Bell cause pour la cause