Un autre point de vue sur le harcèlement ou quand l’ouverture à l’autre est menacée.

Ça ne sera pas tant mon genre de publier des billets d’opinion ici, mais je voulais partager mon point de vue sur la saga virale de l’« harcèlement »  dans la rue qui fait encore des échos sur le web et dans les médias.

Il y a quelques semaines, une jolie jeune femme a publié une vidéo (10 hours of walking in NYC as a woman)  dans laquelle elle tente de démontrer à quel point elle peut se faire harceler en se baladant nonchalamment dans les rues de New York. Dans sa vidéo, la demoiselle porte des vêtements très simplistes, aucunement provoquants.

Je vous invite à regarder la vidéo qui ne dure quelques minutes si ce n’est pas déjà fait:

La vidéo a été publiée à la fin octobre, soit durant la foulée du mot-clic #rapedneverbeenreported et elle est devenue virale dans les heures qui ont suivies. Largement partagée sur les réseaux sociaux, il allait de soi que la plupart des journalistes, chroniqueurs et blogueurs d’opinions diffusent leur point de vue à ce sujet.

Toutes sortes d’opinions sont ressorties de cette vidéo. Majoritairement, ce sont des critiques approuvant le point que la jeune femme a tenté de démontrer qui ont été avancées.  Loin de moi l’idée de vouloir lancer un débat ou de confronter ces opinions, mais je pense qu’il est important d’être prudent avec la notion d’harcèlement.

Ce que je vois dans cette vidéo, c’est une majorité d’hommes polis, respectueux qui saluent la demoiselle et lui souhaitent une bonne journée avant de poursuivre leur chemin, sans insister. D’accord, il y a clairement un manque de respect chez certains qui lancent des commentaires obscènes, ceux qui la poursuivent, qui insistent pour qu’elle leur parle alors qu’elle démontre clairement une fermeture. Un enseignement et une sensibilisation à ce problème précis ne fera pas de tort à ces derniers.

Où je crois qu’il faut être prudent, c’est lorsqu’on considère toute tentative de prise de contact comme étant du harcèlement.  Nous vivons dans une société individualiste où il est devenu coutume de se prémunir d’un livre ou d’un journal et de se balader avec des écouteurs dans les lieux publics, principalement dans les transports en commun. Attention, je ne suis aucunement en train de critiquer ces comportements. Pour plusieurs personnes, c’est l’intention de combler un besoin de sécurité ou tout simplement, un intérêt pour la lecture ou la musique qui les poussent à agir ainsi. Chez d’autres, il y a une intention importante d’être inaccessibles dans la masse.

Une partie du problème est cette obsession généralisée de « vouloir la paix ». Tellement importante qu’un simple sourire, un hochement de tête ou un banal bonjour sont devenus des dérangements, des situations à fuir, des affronts.

En quoi il est si facile de voir de la mauvaise foi dans tous les comportements d’approche? Je n’ai pas la prétention de dire qu’un homme qui salue une femme dans la rue n’a toujours que des intentions nobles, mais en quoi la simple et respectueuse salutation d’un inconnu est devenue un problème à combattre?

En tant qu’utilisatrice des transports en commun, j’ai eu à plusieurs reprises des conversations fort intéressantes avec de purs inconnus, hommes ou femmes. Est-ce que certains de ces hommes auraient voulu plus? Peut-être, j’en sais rien, leur politesse et leur respect ne m’ont même pas donné l’ombre d’un doute que j’étais en train de me faire potentiellement « harceler ».  Il ne faudrait pas se sentir attaqué par toute tentative d’entrée en contact tout de même!

Que la demoiselle de la vidéo se montre totalement fermée aux autres ne m’agace pas tant; je peux comprendre que pour certaines femmes avec des expériences de vie particulières l’idée même de saluer un inconnu ne puisse être considérable. Ce qui titille et me questionne, ce n’est donc pas particulièrement  sa réaction face aux autres, c’est plutôt le fait qu’elle diffuse cette vidéo qui généralise à outrance toutes les tentatives de prise de contact comme étant du harcèlement.

S’ouvrir à l’autre, c’est aussi de s’ouvrir à l’inconnu. Prudemment, bien évidemment, mais démontrer un minimum d’ouverture. Je ne suis pas en train de dire qu’on devrait aller prendre un café avec toute personne qui nous salue sur la rue, mais qu’est-ce que ça coûte de répondre un bonjour poli  et poursuivre sa route quand la démarche de l’autre l’est tout autant? L’homme est-il toujours un lion en recherche d’une proie? Il serait pertinent de questionner les idées préconçues des femmes également. S’il y a des approches qui ne trompent quant aux paroles ou actions utilisées, il y en a certainement d’autres qui méritent une nuance dans nos perceptions.

Tant de richesses dans ma vie me proviennent du contact aux autres, souvent de purs inconnus. Cette saga, à mes yeux, ne remet pas seulement en question la notion de prise de contact avec l’inconnu dans la rue, mais la totale ouverture à l’autre. Se fermer aux autres, c’est aussi se fermer à tout l’extraordinaire que ça peut apporter à notre vie. Il y a un juste milieu entre prudence et ouverture à considérer.

Est-ce que les gens préfèrent vivre dans une société où tout le monde se méfie de tous? Où les hommes aux intentions nobles n’oseront plus approcher respectueusement une femme par risque de se faire traiter d’agresseur? Où toute parole échangée entre deux inconnus deviendra un danger imminent, un grave affront? Dans une société où le message sous-entendu est « Parle-moi pas, je te connais pas »?  Où on va se méfier d’absolument tout le monde?

C’est d’une tristesse inouïe…mais c’est juste mon opinion.

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