JESSICA

Sa devise : « Il faut faire confiance à la vie »

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À seulement 24 ans, Jessica est un bel exemple de résilience. Si elle a eu son lot de mauvaises expériences, la jeune maman originaire du Saguenay est en train de remettre sa vie sur les rails; celles qui vont droit devant.

« En sixième année, j’ai commencé à souffrir d’un trouble alimentaire. Ma mère me donnait des desserts, des chocolats puis un moment donné, pour perdre du poids, j’ai décidé de faire une diète. J’avais 11 ans. Je me suis aussi mise à faire des exercices. Après un mois passé chez ma meilleure amie sur la rive-sud de Montréal, mes amis du Saguenay me complimentaient sur ma perte de poids. Je n’avais pas porté attention au fait que j’avais maigri, mais j’ai aimé qu’on le remarque ».

Durant cette même période, les parents de Jessica se séparent. Ils déclarent faillite, perdent la maison familiale et Jessica se retrouve avec sa mère et l’une de ses sœurs en appartement alors que les trois autres enfants de la famille déménagent et se dispersent dans d’autres régions.

« À ce moment-là, je n’avais aucun pouvoir sur la situation et un besoin intense de contrôle s’est fait sentir. En secondaire 1, les vomissements ont commencé. En plus, à cette même époque, je me suis mise à fumer de plus en plus de cannabis et ça me donnaient des rages de bouffe. Le pattern s’installait. Je me suis mise à prendre plusieurs laxatifs par jour. En secondaire 2, je me suis mise à prendre des speeds comme ça me faisait perdre du poids. Je me prévoyais un nombre de pilules à prendre durant la semaine en fonction de mes trips de bouffe. Par moment, je me privais de nourriture au point de m’évanouir. Mon trouble alimentaire a continué tout au long de mon secondaire et même au début du Cégep. Jusqu’à l’âge de 21 ans, c’était constamment présent ».

Malgré toutes ces difficultés, Jessica est une étudiante modèle à l’école. Elle fait partie de classes pour élèves performants. Même si elle arrive constamment en cours en état de consommation, ni son rendement scolaire, ni ses comportements n’en sont influencés.

« J’ai commencé à fumer du cannabis à l’âge de 10 ans. À 12 ans, quand j’ai commencé à prendre du speed, ce n’était pas seulement récréatif, j’en prenais quotidiennement. Des doses importantes. Tellement importantes qu’un mois avant mon 16ième anniversaire, j’ai fait un arrêt cardiaque. Ça m’a réveillée, je me suis calmée et j’ai arrêté les drogues chimiques ».

C’est une importante décision à prendre pour la jeune Jessica. Les amphétamines ne faisaient pas que lui procurer du plaisir, elles lui permettaient de perdre beaucoup de poids, c’était presque devenu un outil essentiel pour arriver à ses fins.

Alors âgée de 14 ans, Jessica rencontre l’amour. Son copain habite la rive-sud de Montréal et ils doivent vivre leur amour à longue distance. La relation est toutefois durable puisqu’à la fin de son secondaire, Jessica déménage à Montréal avec lui. Près de huit ans plus tard, son copain commence à discuter avec elle de l’idée de fonder une famille.

« J’étais au Cégep en train de faire mon deuxième DEC quand mon chum m’a parlé de faire un enfant. J’ai pris le temps de terminer mes études, puis en novembre 2012, je suis tombée enceinte ».

Son copain a alors une réaction forte : Il décide de se dépêcher à faire tout ce qu’il n’a pas eu le temps de faire dans sa vie. Il se met à sortir dans les bars et il décide de terminer son cours secondaire en avril.

De son côté, Jessica qui réussit à contrôler son trouble alimentaire grâce à une thérapie s’inquiète de se voir prendre du poids.

« J’avais peur que mon trouble alimentaire revienne en force. Je ne pouvais plus courir et je mangeais. La santé de mon bébé était importante et je me faisais à l’idée que c’était normal que mon corps change. Je me trouvais grosse, mon visage enflait et j’attendais juste de me remettre à m’entrainer après mon accouchement ».

Alors enceinte de 31 semaines, Jessica se voit confinée dans un fauteuil roulant. Elle est hypothéquée dans l’accomplissement de ses activités et tâches durant six semaines alors qu’elle passe près d’accoucher bien avant la date prévue. À partir de ce moment-là, les comportements de son copain deviennent étranges.

Jessica et son fils Zackari
Jessica et son fils Zackari

«Mon chum n’était plus le même. Je ne le reconnaissais plus. Je me demandais ce qui se passait, il avait l’air de ne pas s’adapter du tout au fait qu’il allait devenir père. Une fois le bébé arrivé, il sortait plusieurs soirs par semaine et refusait de faire des activités avec moi. J’étais toujours toute seule avec mon fils. Il a mis un code de sécurité sur son cellulaire, chose qu’il n’avait jamais faite en dix ans de vie de couple. Je commençais à trouver qu’il se passait quelque chose de louche. Je ne suis pas une fille jalouse alors je n’avais pas de problème avec le fait qu’il sorte, je n’étais pas inquiète, mais le cellulaire barré, ça m’a intriguée. Un jour qu’il l’a laissé traîner sans le barrer, je me suis mise à fouiller dedans et j’ai trouvé des messages textes échangés avec une fille. Je l’ai questionné, il me disait que c’était une fille qu’il avait rencontré à l’école, que c’était une amie seulement. J’avais vu qu’il regardait intensément les photos de cette fille sur Instagram.  Je l’ai mis à la porte pendant trois semaines et le trouble alimentaire est revenu. Je me suis mis à perdre du poids et à faire des exercices comme une déchaînée. Je regardais les photos de la fille et je me comparais à elle ».

Quand son copain est de retour à la maison, Jessica croit que tout est terminé avec la fille. En consultant le compte Instagram de cette dernière, elle remarque que le père de son fils écrit des commentaires compromettant sur les photos de celles-ci.

« Quand je lui reflétais ses comportements, il me traitait de folle d’aller fouiller sur ces photos ».

En avril, malgré les bas, le couple se stabilise et passe de beaux moments ensemble. Encore prise de doutes, Jessica décide de consulter la facture de téléphone de son copain alors qu’il lui disait ne plus avoir aucun contact avec l’autre fille. Elle voit un numéro de téléphone qui revient souvent et décide d’envoyer un message texte à ce numéro. C’est la copine de son amoureux qui lui répond.

« J’ai confronté mon chum, on s’est engueulé. Il m’a avoué qu’il l’a voyait toujours et qu’il avait des relations sexuelles avec elle. Il l’a voyait depuis huit mois. J’ai appelé mes parents ce jour-là pour qu’ils viennent me chercher et je suis partie revivre au Saguenay, près de ma famille ».

Le trouble alimentaire de Jessica revient alors en force.

« On ne se guérit jamais vraiment d’un trouble alimentaire. Quand je vis une situation difficile, j’ai un besoin de contrôle et c’est le moyen que j’ai pour gérer la situation. C’est malsain. Pour d’autres, ce sera l’alcool, le jeu, etc. Par contre, quand j’arrive à reprendre le dessus des situations difficiles, les choses se replacent et le trouble alimentaire perd de son emprise ».

Depuis juillet dernier, Jessica a repris le poids qu’elle avait perdu au printemps et elle en est bien heureuse. Avoir un enfant remet aussi les choses en perspective. Jessica sait que sa présence dans sa vie l’aide à recoller les morceaux et lui donner de la force.

« Ce n’était pas mon plan de vie de me retrouver monoparentale à 24 ans. Ce gars-là, c’était l’homme de ma vie, j’allais mourir avec lui. Les plans changent, la vie change. On s’attend jamais à ça, on fait avec quand ça arrive. L’infidelité était impardonnable, on s’en était souvent parlé moi et lui. On ne devait jamais se rendre là. On s’était entendu pour se laisser avant d’arriver là si ça devait se produire ».

La séparation de Jessica lui a appris à prendre soin d’elle et à se mettre à l’avant plan dans sa vie.

« J’ai réalisé à quel point mon copain avait été manipulateur et peu présent avec moi durant notre vie commune quand je repensais à plein de détails de ces années-là. Toutefois, je ne regrette pas cette relation, il y’a eu plein de beaux moments et elle m’a donné un fils. Je le sais que mon ex m’aimait et je n’ai rien à voir dans cette décision qu’il a pris d’aller voir ailleurs. Quand on se fait tromper, ce n’est pas de notre faute, on n’a rien fait pour que ça se produise. Je ne suis plus en colère. La rancune, c’est juste à moi que ça ferait du tort. En fait, c’est une bonne chose que ça soit arrivée ainsi parce que ça m’a permis de travailler sur moi, de développer ma confiance et aujourd’hui, je suis heureuse. Je n’ai jamais été aussi bien avec moi-même ».

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Depuis début septembre, Jessica est en couple avec un nouvel homme. Il aime son enfant et il est bon pour elle. Elle avoue toutefois avoir peur de s’engager à nouveau dans une nouvelle relation. Elle a beau avoir pardonné à son ex-copain, mais la plaie reste encore ouverte.

« J’ai pas le goût de me mettre à fouiller dans son cellulaire, je veux lui faire confiance. Il n’a pas à payer pour les erreurs d’un autre. Je ne veux plus avoir mal comme j’ai eu, c’est une crainte qui est présente en ce moment. Je dois faire confiance, le passé est derrière moi. On verra bien ce qui va se passer avec l’amour, avec la vie. 

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Crédits photos: Annie Murphy et collection personnelle de Jessica

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