LYDIANE

Devise : « Il faut sourire et faire confiance à la vie parce que la vie est belle »

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Avez-vous déjà rêvé de tout laisser tomber, tout vendre et partir sans date de retour? Impossible, vous dites? Pourtant, c’est ce que Lydiane a littéralement fait. Passionnée de voyage depuis sa plus tendre enfance, la belle aventurière a troqué le stress d’un travail exigeant et une lucrative vie professionnelle pour un périple au bout du monde.

« À 16 ans, j’ai fait mon premier voyage, un échange scolaire à Calgary. J’ai trippé comme une folle. Ça m’a ouvert les yeux sur le monde, sur mon désir de découverte. J’ai fait une simili-dépression en revenant au Québec. Je ne voulais pas rester ici, j’avais la piqûre totale de m’évader et de visiter le monde ».

À 18 ans, Lydiane part avec son sac à dos durant un an et fait le tour de l’Europe avec sa sœur. L’année suivante, elle part un mois au Costa Rica et plus tard, elle habite en Suisse pendant un an.

« J’ai travaillé comme barmaid à travers mes études et c’est ce qui me permettait de voyager. À partir de mes 18 ans, je suis partie en voyage au moins un mois et demi par année et ce n’était pas assez pour moi. Je m’en foutais de ne pas m’acheter de voiture ou d’autres biens matériels, je voulais juste voyager».

À cette époque, Lydiane se fait une promesse : un jour, elle va partir et n’aura pas de date de retour.

Au début de sa vingtaine, elle suit une formation de courtier immobilier. Elle se découvre un autre rêve : être une femme d’affaire et faire de l’argent.

« Je me suis associée avec mes parents. Ça a grossit très vite. En moins de deux ans, à 24 ans, j’avais atteint mes objectifs. J’avais ma maison, je mettais de l’argent de côté et à 25 ans, j’achetais ma voiture de rêve ».

Satisfaite d’avoir atteint ses buts, Lydiane fait une prise de conscience déterminante.

« À ce moment-là, j’ai réalisé : C’est juste ça que ça apporte de travailler comme une folle? Amasser de l’argent et toujours plus d’argent et ne pas avoir de temps pour en profiter? Pour acheter plus de trucs? Ça ne m’avait pas remplie, je n’étais pas comblée. J’étais confortable, mais pas épanouie, ni remplie de bonheur. Je me suis dit qu’il devait y avoir quelque chose de plus à aller chercher dans la vie. Ça se pouvait pas que le but de ma vie soit ça, que ça tourne autour de m’acheter une maison et un beau char! Un moment donné, je me suis dit : Lydiane, c’est assez, fait un move pour ta vie! »

Autre cri d’alarme : Ses parents, ses associés, venaient tout juste de passer tout près de l’épuisement professionnel. Ils ont alors tout quitté et sont partis vivre en Nouvelle-Calédonie. Nouveau départ.

« J’ai trouvé quelqu’un pour reprendre la relève de ma business. Je l’ai formé, c’était un nouveau courtier. Je lui ai dit : Je vais te former et quand je jugerai que tu seras prêt, je te lèguerai mon entreprise. Mon projet s’est entamé à partir de là. En septembre 2013, je lui transférais tous mes clients. »

C’était plus que clair dans la tête de Lydiane, c’était le moment tant attendu : elle allait partir sans date de retour. Elle met alors sa voiture et sa maison en vente. Même ses vêtements!

« Tout le monde me demandait pour combien de temps je partais, je ne le savais pas. La société veut une limite de temps, des itinéraires. Tout doit être défini, encadré. Je n’avais juste aucun plan. Plus j’avançais, plus je savais que je prenais la bonne décision. Tout mon entourage a compris et bien réagi et ils m’ont appuyé. Laisser tomber son confort, c’est une crainte, mais je fais confiance à la vie.»

Alors que Remax venait de lui remettre un trophée pour avoir battu des records de vente, la jeune retraitée en a surpris plus d’un au bureau avec son nouveau projet.

« On me disait : T’es à l’apogée de ta carrière, t’as 26 ans et c’est fini? Tu prends ta retraite? Sérieusement, je me sentais comme ça. J’avais atteint les objectifs les plus hauts que je m’étais fixé. J’avais réussi à me prouver que je pouvais réussir. J’étais prête à passer à autre chose. Il fallait que je passe par ce chemin là pour totalement apprécier ce que je m’apprêtais à faire. J’ai adoré mon travail. Je suis une fille constamment déterminée à dépasser mes limites, mais travailler 70 heures par semaine, c’est pas sain, c’est pas normal. J’ai besoin de me réaliser, mais jamais au détriment de ma vie. Le travail n’a aucune importance. Sur mon lit de mort, je ne me féliciterai pas de mourir riche en ayant travaillé comme une défoncée toute ma vie. Les images qui vont me rester en tête c’est pas le matériel que j’aurai eu, c’est les expériences que j’aurai vécu. »

En septembre 2013, Lydiane s’envole sans billet de retour vers l’Asie.

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Avant son départ, elle crée une page Facebook : Lydiane autour du monde, dans le but que ses amis et sa famille puissent suivre son périple. Elle publie d’abord une vidéo pour souhaiter la bienvenue sur sa page; 24 heures plus tard, ça explose : 5000 personnes se sont abonnées. Une semaine plus tard, 5000 personnes de plus aiment sa page. Aujourd’hui, son compte affiche plus de 40 000 abonnés. La popularité de la grande aventurière est confirmée.

Lydiane est revenue au Québec en septembre dernier après une année d’expériences et de rencontres transformatrices. Celle qui dit ne pas être encore prête à se poser s’envole pour une nouvelle aventure en novembre prochain. Elle prévoit partir pour un an, mais avoue que le délai pourrait changer. Fait intéressant : elle a sondé ses 40 000 abonnés sur le choix de la prochaine destination. Entre deux possibilités qu’elle a lancé, ils ont voté pour l’Amérique du sud à grande majorité.
Avec toute cette popularité, Lydiane dit avoir reçu des offres.

« On m’a approché pour différents projets, mais je les ai repoussé pour l’instant. Je veux partir une autre année pour moi, pour mon accomplissement personnel et évoluer encore plus. Je veux me concentrer sur le bénévolat durant ce voyage. Tu ne peux pas vivre vraiment cette expérience-là dans le cadre d’une émission de télé, tu dois le vivre profondément avec toi-même. Ceci dit, j’adorerais vivre de mes voyages. Si je peux voyager et parler de voyage toute ma vie et la gagner par le fait même, je serai la fille la plus heureuse au monde.»

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Ses projets avec ce deuxième voyage? Se concentrer sur son site web afin de promouvoir l’éco-tourisme, le voyage humanitaire et le tourisme engagé.

« Il n’y a pas beaucoup de plateformes qui offrent des conseils et informations au grand public sur ces sujets-là. Beaucoup de gens veulent faire des voyages d’entraide, humanitaire, je veux devenir un site de référence pour ces gens-là. Je veux ouvrir les yeux au monde. Je veux devenir un exemple de tourisme engagé. Tracer un chemin pour les gens voulant suivre ces traces. Je veux aussi casser le mythe du « on doit être riche pour voyager ». Beaucoup pensent que ça coûtent cher alors que la réalité est que c’est le billet d’avion qui est dispendieux. On peut se débrouiller et vivre avec peu de fonds une fois à destination. J’ai vu des gens voyager avec un budget de 200$ par mois. »

Et la peur? Combien de gens s’empêchent de voyager parce qu’ils seraient seuls? Parce qu’ils s’inquiètent à propos du pays qu’ils aimeraient visiter?

« Je suis partie seule et j’ai visité des pays qui ont mauvaises réputations, notamment les Philippines. Dans les faits, c’est un des pays les plus sécuritaires que j’ai visité. Il faut lire, se renseigner, ne pas se fier aux discours des médias. Le pire, c’est de ne pas connaître. La première étape est de s’informer. Pour ce qui est de la peur, le jour où tu passes par-dessus une, tu réalises que tu avais peur pour rien, puis tu en surpasses une autre, puis une autre… Il suffit de commencer par surmonter une toute petite peur, puis on réalise que petit à petit, on finit par toutes les combattre une à la fois.»

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La Lydiane qui est de retour de sa grande aventure est différente de celle qu’elle était il y a un an.

« Avant, je n’arrivais pas à gérer mon stress et ça me polluait la vie. Je n’étais jamais dans le moment présent et je n’appréciais pas autant la présence des gens, les bons moments à cause du stress omniprésent. Maintenant, je savoure chaque minute. Aussi, j’ai appris à développer ma tolérance aux délais. Notre rythme nord-américain n’existe pas en Indonésie, pour eux le temps n’existe pas. Eux, ils ont compris. »

Gérer son stress quand nos revenus sont inexistants et qu’on voit notre montant d’argent descendre dans notre compte en banque, c’est presque un art.

« Ça ne me stresse pas vraiment parce qu’il y a toujours moyen de se débrouiller pour travailler en voyage. Si tu n’as plus d’argent, tu peux te trouver un petit emploi dans un commerce ou faire du woofing. Il y a plein de possibilités; tu ne te retrouveras pas dans la rue si tu ne le veux pas. »

Lydiane mord dans la vie à pleines dents. Il suffit de la suivre sur sa page Facebook pour que son dynamisme et sa joie de vivre nous inspire au plus haut point. Elle vit sa vie à pleine capacité d’émerveillement. Entourée, inspirée, déterminée à goûter à chaque instant…

Et si Lydiane avait tout compris?

Lydiane et sa plus grande fan: moi-même!
Lydiane et sa plus grande fan: moi-même!

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www.lydianeautourdumonde.com

Photos: Annie Murphy et archives personnelles de Lydiane

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OLIVIER

Sa devise : « L’éducation est un progrès social : l’éducation est non pas une préparation à la vie, l’éducation est la vie elle-même » – John Dewey

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« L’éducation n’est pas seulement un bagage de connaissances que tu reçois avant de te rendre sur le marché du travail et commencer à vivre. L’éducation ne cesse jamais, ce n’est pas une période définie de la vie. L’instruction en est une et cette dernière et l’éducation sont deux choses distinctes. L’instruction est une façon d’être éduqué. Tu peux toutefois être éduqué sans avoir d’instruction. Il s’agit d’avoir développé une curiosité et de l’avoir entretenue. »

Olivier est un jeune homme d’une maturité impressionnante. Âgé de 20 ans, il s’implique bénévolement depuis huit ans à la Société canadienne du cancer (SCC). Si l’implication sociale de ce futur enseignant a de quoi inspirer, sa vision optimiste de la vie est tout autant admirable.

C’est un kiosque dans son école secondaire qui a interpellé Olivier et l’a invité à participer au Relais pour la vie en tant que bénévole. Le jeune garçon qui avait alors perdu une tante atteinte du cancer cette même année, a décidé de s’impliquer.

« Cette année-là, pour ma première implication, mon rôle était bien banal : diriger les voitures et poser des cônes! J’ai décidé de rester impliqué tout au long de mon secondaire dans ce projet. À partir de ma quatrième année d’implication, je suis devenu responsable des bénévoles. Alors en secondaire 5, j’ai décidé de développer un projet avec les élèves, car je les sentais très peu conscientisés à la cause. J’ai voulu amener les élèves plus loin. J’ai organisé des soirées d’activités afin de favoriser la création de liens entre eux et l’attachement à la cause. À la fin de cette année-là, j’ai su ce que je voulais faire dans la vie : je voulais devenir enseignant. »

L’implication d’Olivier pour la Société canadienne du cancer ne s’arrête pas avec la fin de son secondaire.

« Je suis ensuite entré au cégep en communications et la SCC a voulu que je reste actif dans la cause. On m’a offert le rôle de responsable des communications de l’évènement du Relais pour la vie. J’y ai contribué pendant deux ans, soit le temps de mes études collégiales. J’avais un rôle d’attaché de presse, de gestion des médias, de gestion des entrevues, de rédaction de communiqués, etc. »

Plutôt impressionnant pour un jeune homme à peine instruit dans le domaine des communications.« Parallèlement à ça, je me suis impliqué dans une autre sphère de la SCC : la défense de l’intérêt public. C’est le bras politique de l’organisme et il vise à faire adopter des lois pour modifier la législation en matière de cancer. Le but est de légiférer tout ce qui pourrait causer le cancer. Quand j’ai commencé à m’impliquer dans cette équipe, on militait contre l’utilisation des cabines de bronzage chez les mineurs. J’ai écrit une lettre ouverte dans les médias pour protester contre ça et pour inciter le gouvernement à agir et à adopter une loi. Au fil du militantisme de l’équipe, on est arrivé à la loi qui a interdit l’utilisation des cabines de bronzages chez les moins de 18 ans. C’était un beau projet, très gratifiant. On est arrivé à quelque chose de tangible. »

Actuellement étudiant à l’UQAM en enseignement du français au secondaire, Olivier détient un poste de bénévole à la SCC. Il travaille sur un gros projet, probablement le plus important de son implication selon lui. Le but : amener les jeunes à se conscientiser à la cause, promouvoir la prévention et assurer une importante relève de bénévoles.

«L’avantage à la SCC, c’est que nous avons du bénévolat organisé et nous orientons les gens selon leurs compétences. Une grande proportion des bénévoles est constituée de personnes âgées. On veut créer une relève bénévole forte qui a un sentiment d’appartenance envers la cause, une conscience sociale, un leadership… C’est gratifiant de s’impliquer dans une cause. Pour les jeunes, ça engendre un sentiment très fort et un engagement fidèle. »

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En plus de compléter son baccalauréat à temps plein, Olivier travaille comme assistant de recherche à l’université. On peut se demander qu’est-ce qui fait qu’un jeune homme aussi occupé trouve encore du temps pour s’impliquer bénévolement.

«J’ai traversé plusieurs époques de ma vie avec la SCC. Je me suis découvert comme professionnel et comme personne aussi, j’ai grandi avec ces gens-là. Tous les bénéfices humains que le bénévolat nous apporte, c’est grandiose. Je n’ai jamais mis l’argent au centre de mes priorités. Le bénévolat m’apporte humainement plus qu’un salaire pourrait m’apporter. J’ai tellement appris, c’est enrichissant et valorisant. Mes actions donnent un résultat, c’est gratifiant et je me sens utile. S’il n’y avait jamais eu de kiosque du Relais pour la vie à mon école, rien de tout ça ne se serait peut-être jamais produit. Je ne peux pas imaginer ce qu’aurait été ma vie si je n’avais pas vécu tout ça.»

Le grand public peut parfois avoir l’impression que rien ne s’améliore en matière de cancer, et que même si des recherches sont faites avec les dons collectés, les avancées ne sont pas là. Olivier assure le contraire.

« Le taux de survie est en hausse, c’est le reflet de tous nos efforts en recherche et en prévention. Par exemple, en 1938, le taux de survie après 5 ans était de 25%. Aujourd’hui, il est monté à plus de 63%. Pour certains cancers, ça monte à 90, 95%. On progresse, même si rien n’est gagné. On continue d’épauler les gens atteints et leurs familles, et on continue notre lutte ! On vise des taux de survie encore plus hauts dans 10 ans, 15 ans. Les experts nous disent qu’on y arrivera progressivement. C’est encourageant pour nous, les militants, et aussi pour les patients. »

Il ajoute:

« Dans une école que j’ai visitée récemment, j’ai discuté avec une enseignante atteinte d’un cancer. Elle encourageait ses élèves à s’impliquer, parce que ce sont eux qui font partie de la génération qui vaincra la maladie. Elle a raison! Les chercheurs avancent que le cancer pourrait devenir une maladie chronique, au même titre que la diabète qui se traite et ce, d’ici quelques années. C’est encore une fois vraiment encourageant. »

Quand on écoute Olivier parler de la cause, on sent toute la passion qui l’anime et l’importance qu’il voue à l’engagement social. Le jeune homme prétend avoir acquis ses nobles valeurs par mimétisme.

« J’ai imité les gens autour de moi. Je viens d’une famille où on accorde beaucoup d’importance aux autres, à l’aide qu’on leur apporte. Mes grands-parents, mon père, ma mère m’ont certainement inspiré.»

Et ses belles valeurs, comment le futur enseignant arrivera-t-il à les transmettre à ses élèves dans un système scolaire baigné de morosité?

« J’ai décidé de croire en mes élèves. Quand les jeunes sont impliqués dans des projets qu’ils aiment, c’est incroyable, tout ce qu’ils peuvent accomplir. Il faut davantage croire en leur potentiel. Quand on leur transmet notre confiance, on leur donne, je pense, des conditions très favorables pour qu’ils évoluent eux-mêmes. Il y a un paquet de nuances à apporter, c’est sûr, mais quand on se résigne à croire qu’ils ne sont pas capables de s’impliquer et d’évoluer, on obtient très peu de résultats. Et ce sont eux qui perdent au change ! J’aime m’adresser à l’intelligence des gens que je côtoie, et jusqu’à présent, ça a donné des résultats prometteurs. À la base, un enfant est curieux : il faut faire en sorte qu’il le reste. C’est notre travail. »

Si rien n’est certain dans ce bas monde, il existe toutefois une certitude :

Olivier n’enseignera pas que des participes passés.

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Crédits photos : Annie Murphy

La Société Canadienne du cancer : www.cancer.ca

Le Relais pour la vie : www.cancer.ca/relais

 

JESSICA

Sa devise : « Il faut faire confiance à la vie »

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À seulement 24 ans, Jessica est un bel exemple de résilience. Si elle a eu son lot de mauvaises expériences, la jeune maman originaire du Saguenay est en train de remettre sa vie sur les rails; celles qui vont droit devant.

« En sixième année, j’ai commencé à souffrir d’un trouble alimentaire. Ma mère me donnait des desserts, des chocolats puis un moment donné, pour perdre du poids, j’ai décidé de faire une diète. J’avais 11 ans. Je me suis aussi mise à faire des exercices. Après un mois passé chez ma meilleure amie sur la rive-sud de Montréal, mes amis du Saguenay me complimentaient sur ma perte de poids. Je n’avais pas porté attention au fait que j’avais maigri, mais j’ai aimé qu’on le remarque ».

Durant cette même période, les parents de Jessica se séparent. Ils déclarent faillite, perdent la maison familiale et Jessica se retrouve avec sa mère et l’une de ses sœurs en appartement alors que les trois autres enfants de la famille déménagent et se dispersent dans d’autres régions.

« À ce moment-là, je n’avais aucun pouvoir sur la situation et un besoin intense de contrôle s’est fait sentir. En secondaire 1, les vomissements ont commencé. En plus, à cette même époque, je me suis mise à fumer de plus en plus de cannabis et ça me donnaient des rages de bouffe. Le pattern s’installait. Je me suis mise à prendre plusieurs laxatifs par jour. En secondaire 2, je me suis mise à prendre des speeds comme ça me faisait perdre du poids. Je me prévoyais un nombre de pilules à prendre durant la semaine en fonction de mes trips de bouffe. Par moment, je me privais de nourriture au point de m’évanouir. Mon trouble alimentaire a continué tout au long de mon secondaire et même au début du Cégep. Jusqu’à l’âge de 21 ans, c’était constamment présent ».

Malgré toutes ces difficultés, Jessica est une étudiante modèle à l’école. Elle fait partie de classes pour élèves performants. Même si elle arrive constamment en cours en état de consommation, ni son rendement scolaire, ni ses comportements n’en sont influencés.

« J’ai commencé à fumer du cannabis à l’âge de 10 ans. À 12 ans, quand j’ai commencé à prendre du speed, ce n’était pas seulement récréatif, j’en prenais quotidiennement. Des doses importantes. Tellement importantes qu’un mois avant mon 16ième anniversaire, j’ai fait un arrêt cardiaque. Ça m’a réveillée, je me suis calmée et j’ai arrêté les drogues chimiques ».

C’est une importante décision à prendre pour la jeune Jessica. Les amphétamines ne faisaient pas que lui procurer du plaisir, elles lui permettaient de perdre beaucoup de poids, c’était presque devenu un outil essentiel pour arriver à ses fins.

Alors âgée de 14 ans, Jessica rencontre l’amour. Son copain habite la rive-sud de Montréal et ils doivent vivre leur amour à longue distance. La relation est toutefois durable puisqu’à la fin de son secondaire, Jessica déménage à Montréal avec lui. Près de huit ans plus tard, son copain commence à discuter avec elle de l’idée de fonder une famille.

« J’étais au Cégep en train de faire mon deuxième DEC quand mon chum m’a parlé de faire un enfant. J’ai pris le temps de terminer mes études, puis en novembre 2012, je suis tombée enceinte ».

Son copain a alors une réaction forte : Il décide de se dépêcher à faire tout ce qu’il n’a pas eu le temps de faire dans sa vie. Il se met à sortir dans les bars et il décide de terminer son cours secondaire en avril.

De son côté, Jessica qui réussit à contrôler son trouble alimentaire grâce à une thérapie s’inquiète de se voir prendre du poids.

« J’avais peur que mon trouble alimentaire revienne en force. Je ne pouvais plus courir et je mangeais. La santé de mon bébé était importante et je me faisais à l’idée que c’était normal que mon corps change. Je me trouvais grosse, mon visage enflait et j’attendais juste de me remettre à m’entrainer après mon accouchement ».

Alors enceinte de 31 semaines, Jessica se voit confinée dans un fauteuil roulant. Elle est hypothéquée dans l’accomplissement de ses activités et tâches durant six semaines alors qu’elle passe près d’accoucher bien avant la date prévue. À partir de ce moment-là, les comportements de son copain deviennent étranges.

Jessica et son fils Zackari
Jessica et son fils Zackari

«Mon chum n’était plus le même. Je ne le reconnaissais plus. Je me demandais ce qui se passait, il avait l’air de ne pas s’adapter du tout au fait qu’il allait devenir père. Une fois le bébé arrivé, il sortait plusieurs soirs par semaine et refusait de faire des activités avec moi. J’étais toujours toute seule avec mon fils. Il a mis un code de sécurité sur son cellulaire, chose qu’il n’avait jamais faite en dix ans de vie de couple. Je commençais à trouver qu’il se passait quelque chose de louche. Je ne suis pas une fille jalouse alors je n’avais pas de problème avec le fait qu’il sorte, je n’étais pas inquiète, mais le cellulaire barré, ça m’a intriguée. Un jour qu’il l’a laissé traîner sans le barrer, je me suis mise à fouiller dedans et j’ai trouvé des messages textes échangés avec une fille. Je l’ai questionné, il me disait que c’était une fille qu’il avait rencontré à l’école, que c’était une amie seulement. J’avais vu qu’il regardait intensément les photos de cette fille sur Instagram.  Je l’ai mis à la porte pendant trois semaines et le trouble alimentaire est revenu. Je me suis mis à perdre du poids et à faire des exercices comme une déchaînée. Je regardais les photos de la fille et je me comparais à elle ».

Quand son copain est de retour à la maison, Jessica croit que tout est terminé avec la fille. En consultant le compte Instagram de cette dernière, elle remarque que le père de son fils écrit des commentaires compromettant sur les photos de celles-ci.

« Quand je lui reflétais ses comportements, il me traitait de folle d’aller fouiller sur ces photos ».

En avril, malgré les bas, le couple se stabilise et passe de beaux moments ensemble. Encore prise de doutes, Jessica décide de consulter la facture de téléphone de son copain alors qu’il lui disait ne plus avoir aucun contact avec l’autre fille. Elle voit un numéro de téléphone qui revient souvent et décide d’envoyer un message texte à ce numéro. C’est la copine de son amoureux qui lui répond.

« J’ai confronté mon chum, on s’est engueulé. Il m’a avoué qu’il l’a voyait toujours et qu’il avait des relations sexuelles avec elle. Il l’a voyait depuis huit mois. J’ai appelé mes parents ce jour-là pour qu’ils viennent me chercher et je suis partie revivre au Saguenay, près de ma famille ».

Le trouble alimentaire de Jessica revient alors en force.

« On ne se guérit jamais vraiment d’un trouble alimentaire. Quand je vis une situation difficile, j’ai un besoin de contrôle et c’est le moyen que j’ai pour gérer la situation. C’est malsain. Pour d’autres, ce sera l’alcool, le jeu, etc. Par contre, quand j’arrive à reprendre le dessus des situations difficiles, les choses se replacent et le trouble alimentaire perd de son emprise ».

Depuis juillet dernier, Jessica a repris le poids qu’elle avait perdu au printemps et elle en est bien heureuse. Avoir un enfant remet aussi les choses en perspective. Jessica sait que sa présence dans sa vie l’aide à recoller les morceaux et lui donner de la force.

« Ce n’était pas mon plan de vie de me retrouver monoparentale à 24 ans. Ce gars-là, c’était l’homme de ma vie, j’allais mourir avec lui. Les plans changent, la vie change. On s’attend jamais à ça, on fait avec quand ça arrive. L’infidelité était impardonnable, on s’en était souvent parlé moi et lui. On ne devait jamais se rendre là. On s’était entendu pour se laisser avant d’arriver là si ça devait se produire ».

La séparation de Jessica lui a appris à prendre soin d’elle et à se mettre à l’avant plan dans sa vie.

« J’ai réalisé à quel point mon copain avait été manipulateur et peu présent avec moi durant notre vie commune quand je repensais à plein de détails de ces années-là. Toutefois, je ne regrette pas cette relation, il y’a eu plein de beaux moments et elle m’a donné un fils. Je le sais que mon ex m’aimait et je n’ai rien à voir dans cette décision qu’il a pris d’aller voir ailleurs. Quand on se fait tromper, ce n’est pas de notre faute, on n’a rien fait pour que ça se produise. Je ne suis plus en colère. La rancune, c’est juste à moi que ça ferait du tort. En fait, c’est une bonne chose que ça soit arrivée ainsi parce que ça m’a permis de travailler sur moi, de développer ma confiance et aujourd’hui, je suis heureuse. Je n’ai jamais été aussi bien avec moi-même ».

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Depuis début septembre, Jessica est en couple avec un nouvel homme. Il aime son enfant et il est bon pour elle. Elle avoue toutefois avoir peur de s’engager à nouveau dans une nouvelle relation. Elle a beau avoir pardonné à son ex-copain, mais la plaie reste encore ouverte.

« J’ai pas le goût de me mettre à fouiller dans son cellulaire, je veux lui faire confiance. Il n’a pas à payer pour les erreurs d’un autre. Je ne veux plus avoir mal comme j’ai eu, c’est une crainte qui est présente en ce moment. Je dois faire confiance, le passé est derrière moi. On verra bien ce qui va se passer avec l’amour, avec la vie. 

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Crédits photos: Annie Murphy et collection personnelle de Jessica