ANICK

Sa devise : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort »

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Un heureux mélange de santé et d’amour est ce qui nous garde en vie. Tout l’argent du monde ne peut l’acheter. C’est un cadeau précieux qui vient dans une boîte de verre et Anick est de celles qui ont reçu cette boîte un peu abîmée…

Lors de sa première hospitalisation, Anick n’est âgée que de trois ans.

«À cet âge, je pleurais tout le temps. Je n’avais rien d’anormal à première vue, mais j’étais plus petite que la moyenne et j’avais les genoux légèrement croches. Mes parents ont décidé d’aller consulter puis j’ai eu un diagnostic d’arthrite rhumatoïde et de rachitisme. J’ai été hospitalisée à Montréal durant quelques mois alors que ma famille est originaire de l’Outaouais. À cette même période, mon père a été diagnostiqué d’un cancer du côlon. C’est à ce moment qu’on lui a découvert la polypose adénomateuse familiale (PAF), une maladie génétique et héréditaire qui provoque un développement de polypes dans le système digestif qui peuvent s’avérer cancéreux. Il a subi une opération d’urgence et s’est fait hospitaliser dans la région d’Ottawa ».

En plus de la maladie en elle-même, ces problèmes de santé engendrent des dommages collatéraux qui sont aussi difficiles à vivre.

« Mon père, qui était alors fermier, a dû prendre la difficile décision de vendre la ferme paternelle. Il était difficile de trouver quelqu’un pour prendre sa relève durant sa maladie. Ma mère, pour sa part, ne conduisait pas et devait se rendre au chevet de son conjoint et de sa fille dans deux provinces différentes. Des amis ou des membres de la famille devaient donc l’accompagner dans ses nombreux déplacements. Ça a été une période très difficile pour eux. La maladie n’a pas épargnée ma mère non plus; elle s’est retrouvée en dépression majeure ».

Après son hospitalisation, la petite Anick part habiter chez sa tante, la sœur de sa mère, avec le mari de celle-ci et leurs filles. Pendant environ un an, Anick y habite durant la semaine et passe ses fins de semaine avec sa mère qui tente de retourner sur le marché du travail et de se refaire une santé psychologique.

« Malgré tout, je garde de bons souvenirs de cette époque. Je suis fille unique et j’ai pu passer beaucoup de temps avec mes cousines et m’amuser avec elles comme des sœurs le feraient. J’avais un lien fort avec elles. Et ma tante et mon oncle étaient comme mes deuxièmes parents ».

Après un an, lorsque Anick revient habiter à la maison, elle doit vivre avec un père déprimé et colérique suite aux conséquences de sa maladie. Anick a peur de lui et refuse catégoriquement de rester seule en sa compagnie. Elle s’accroche alors à son oncle qui représente une figure paternelle pour elle, du moins durant une certaine période.

« J’avais 12 ans quand mon oncle est décédé. J’en voulais à la vie de me l’avoir enlevé. Il était comme mon père, celui que j’aurais voulu avoir. Ça été un énorme coup pour moi».

En troisième secondaire, Anick doit subir l’ablation de glandes parathyroïdes dont le dysfonctionnement cause un problème à ses reins. Quelques années plus tard,  alors âgée de vingt ans, Anick entreprend un BAC en psychologie. Cette même année, son père est victime d’une encéphalite. Il est hospitalisé et se retrouve dans un coma léger qui le rend incohérent et agressif. Il a alors 53 ans. Il survit, mais il a des séquelles : de considérables pertes cognitives. Le mauvais sort s’acharne : il est déclaré inapte au travail et se fait retirer son permis de conduire.

« Pour mon père, le travail, c’est la vie. Déjà qu’il avait dû vendre la ferme familiale et se retrouver employé dans une usine de pâtes et papiers, il était maintenant forcé à la retraite prématurée. Quand tu te définis principalement comme un travailleur, qu’est-ce que tu fais quand on t’enlève cette identité? Et quand t’es le principal chauffeur de la famille et qu’on t’enlève ce privilège…qu’est-ce qui te reste? »

Anick voit alors en son père un homme en perpétuelle colère avec des idées noires. Un homme victime de l’injustice de la vie, qui se questionne sur les raisons du mauvais sort de s’acharner sur lui.

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«J’avais 23 ans quand j’ai commencé à avoir des troubles digestifs qui s’apparentaient à ceux qu’avait eu mon père avant d’avoir son diagnostic de PAF. Je savais que cette maladie était héréditaire et que j’avais des chances de l’avoir, mais j’étais dans le déni. Je me disais que j’avais ben que trop eu d’épreuves pour que la vie m’en redonne d’autres. Il ne pouvait plus rien m’arriver, j’avais plus que payé ma part ».

Sa mère réussit alors à la convaincre de consulter. Lors d’un examen en gastro-entérologie, on trouve à Anick des milliers de polypes dans son intestin. Quelques tests plus poussés puis le diagnostic tombe; elle souffre également de polypose adénomateuse familiale et quelques polypes découverts dans son intestin sont cancéreux.

« Je venais d’acheter une maison avec mon ex-copain. Une nouvelle joie qui a dû faire place au stress de la maladie qui revenait me hanter. Le 10 avril 2007, j’ai subi l’ablation du côlon ».

Le plus difficile : Anick doit vivre pendant huit mois avec une stomie avant de subir une nouvelle chirurgie pour la faire retirer.

« J’ai 23 ans, je suis dans la fleur de l’âge. Non seulement je dois accepter que je vais garder une importante cicatrice  sur mon abdomen causé par cette opération, mais en plus je dois traîner un bout d’intestin et un sac qui récupère mes excréments sur mon ventre. Ça a été très difficile. J’ai été déprimée et j’ai beaucoup pleuré. C’était le summum de la honte pour moi. En quoi je suis attirante pour mon chum? J’acceptais difficilement de me voir hypothéquée à ce point-là. C’est carrément le soutien de ma mère et de mon chum de l’époque qui m’a sauvé la vie ».

C’est aussi sur internet, sur des sites consacrés à la maladie qu’Anick trouve du soutien.

« Ça m’a permis de rencontrer des gens qui avaient le même diagnostic que moi. J’ai pu m’extérioriser, partager avec ceux qui ont subi des opérations comme les miennes et des traitements semblables. Surtout, ça m’a permis de voir que plusieurs l’avaient beaucoup plus difficile que moi. J’avais été chanceuse malgré tout et je m’en suis rendu compte en me comparant ».

L’année suivante, quelque part en juin 2008, Anick souffre de douleurs épouvantables au ventre. Elle vomit et est incapable de marcher. Elle endure son mal durant 72 heures avant de se décider d’appeler l’ambulance. À l’urgence, on lui passe une radiographie; elle fait une péritonite. Son intestin s’est rompu et elle est en train de s’intoxiquer.

« On peut mourir d’une péritonite en deux jours.  Dans mon cas, je me suis fait traitée après 72 heures. Je ne sais même pas comment j’ai survécu. En moins de cinq minutes, je me suis retrouvée en salle d’opération ».

Finalement, en août 2009, Anick subi l’ablation de polypes pré-cancéreux par laparoscopie quelques jours avant d’emménager dans son nouveau condo. Elle est nouvellement célibataire et c’est la dernière fois qu’elle se retrouve en salle d’opération.

À l’été 2009, Anick est une femme marquée par la maladie qui tente de changer son mode de vie et de mener son existence un jour à la fois.

« Avec tout ce qui est arrivé, j’ai ressenti une urgence de vivre. Je me suis dit : Si je meurs demain, je veux savoir à quoi le monde ressemble. J’avais une nouvelle façon de penser, de voir les choses et de nouveaux projets qui n’ont pas nécessairement rejoint ceux de mon copain de l’époque. Ça nous a éloigné l’un de l’autre ».

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« Les suivis médicaux m’apportaient toujours beaucoup de stress et d’anxiété. J’étais célibataire, aucune compagnie d’assurances ne voulait me vendre une assurance vie et je ne faisais que penser à la maladie. Je me suis retrouvée en arrêt de travail, vidée, brûlée. J’ai décidé de prendre une pause, de profiter de la vie. J’ai une confiance inébranlable en moi en lien avec la maladie : je suis passée au travers de tout et j’y arriverai encore. C’est pas du déni; j’apprends tant bien que mal à focuser sur le positif. Être optimiste et vivre au jour le jour: la maladie t’apprend ça ».

Depuis environ quatre ans, Anick n’a plus de suivi pour sa maladie. Si elle l’a cessé d’elle-même il y a quelques années, le jour où elle a voulu le reprendre, elle s’est buttée à la bureaucratie, aux boîtes vocales, aux secrétariats qui se relancent l’un et l’autre…

« J’ai toutes les misères du monde à aller voir un gastro-entérologue alors que ma vie pourrait en dépendre. Alors, je lâche les armes pour ne plus retomber malade, encore en arrêt de travail, complètement vidée ».

Aujourd’hui, Anick est amoureuse à nouveau. Elle travaille auprès d’une clientèle qu’elle aime et elle poursuit des études universitaires dans son domaine, ce qu’elle aurait rêvé d’accomplir plus jeune mais que la maladie lui a empêché.

« Un jour, j’aimerais avoir des enfants, mais je reste avec la crainte de leur transmettre la maladie comme mon père me l’a transmise. Il ne l’a jamais dit, mais je crois qu’il s’est senti coupable. J’ai peur d’avoir à regarder mes enfants passer à travers toutes ces épreuves à cause de la maladie. Ils peuvent être moins chanceux que moi parce que, malgré tout, je l’ai eu bien plus facile que d’autres ».

La bataille avec la polypose adénomateuse familiale n’est jamais gagnée. La maladie peut revenir constamment et causer toujours plus de dommages et de tumeurs cancéreuses. Un stress important à vivre qu’Anick s’est vue dans l’obligation d’apprendre à gérer. Considérons qu’elle est atteinte également d’arthrite et que ça lui cause diverses douleurs articulaires depuis son enfance.

« La maladie t’apprend à dédramatiser. Dans la vie, atteint d’une maladie ou non, une chose est certaine : tu vas mourir un jour. Tu dois profiter de la vie, fermer les yeux puis foncer. L’important, c’est d’être bien entouré. Il y aura toujours des risques, c’est ça la vie. Advienne que pourra ».

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Crédits photos: Annie Murphy

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GABRIELLE

Sa devise : “Embrace your weirdness”

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Véritable amoureuse de l’art et créative boulimique, Gabrielle est aussi connue sous le nom de Mamie Urbaine. Elle a fait de la laine sa passion et son canaliseur d’énergie. Son immense talent lui permet de voir de plus près son rêve de devenir travailleuse autonome se réaliser.

« J’ai toujours été une fille super créative, j’ai appris à tricoter à 8 ans, à l’école. Il y a quelques années, je suis tombée sur un site web (The wool and the gang) et ça m’a donné envie de recommencer faire du tricot. Puis j’ai trouvé des tutoriels sur internet sur le crochet et je me suis lancée ».

Et quand elle décide de se lancer, Gabrielle n’y va pas à moitié. Son premier projet est de fabriquer une couverture. Il lui faut un an. Devant ce magnifique travail réalisé, des amis, de la famille et des gens de l’entourage se mettent à lui faire des commandes spéciales.

Le premier projet de Gabrielle
Le premier projet de Gabrielle

Forte de ces demandes, Gabrielle créé en 2012 sa page Facebook. Le nom de son entreprise : Mamie Urbaine. La réponse est positive et les commandes de foulards, tuques, mitaines et pantoufles affluent.

« À ce moment-là, je travaillais 35 heures par semaine pour un organisme en plus de Mamie Urbaine, ce qui totalisait 60-70 heures/semaine! Un de mes plus grands rêves dans la vie était de devenir travailleuse autonome. Avec Mamie, je pouvais enfin espérer accéder à ce mode de vie. Mes commandes et mon développement me demandant de plus en plus de temps, j’ai fini par prendre décision de me lancer. Je suis devenue pigiste à temps partiel pour le même organisme».

Se lancer prudemment dans le vide; c’est un peu ce que Gabrielle fait. Se lancer en affaires rapidement, ça prend une bonne dose de confiance.

 « J’ai relativement confiance en moi, même si je suis paradoxalement timide, et je vois plein de gens autour de moi se remettre souvent en question alors qu’ils sont bourrés de talents et de compétences. Du coup, je ne me trouve pas normale de ne jamais douter et donc, je finis moi aussi par me remettre en question! Par contre, depuis le début de l’aventure Mamie Urbaine, je n’ai pas de doutes. C’est la première passion durable que j’ai dans la vie et ça va de soi d’avancer dans cette voie, c’est naturel et exponentiel. Il reste seulement à apprendre à dealer avec l’insécurité…mais,il faut faire confiance à la vie!».

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Une des craintes à lier passion et travail est que justement, la passion n’en soit plus une. Les tâches et responsabilités du travail peuvent faire perdre la magie d’un engouement qui a pourtant opéré durant des années.

« C’est important de se laisser des pauses, de se respecter, de fermer un peu la porte et de s’intéresser à d’autres projets tout en sachant qu’on va y revenir. Je ne me ferme pas et je reste ouverte aux opportunités. D’ailleurs, je suis impliquée également dans d’autres sphères et j’ai des projets qui verront bientôt le jour. Je suis un peu hyperactive et j’ai envie de m’impliquer dans tout!».

Après avoir complété un DEC en arts plastiques et un BAC en loisirs, culture et tourisme, Gabrielle et un ami sont partis pour deux mois, en voiture, à travers les États-Unis. Une route de 20 000 km qui allait leur faire vivre de magnifiques expériences dont elle se rappelle encore avec nostalgie. La liberté totale et une promesse d’avenir prometteur.

Si Mamie Urbaine a fait de la laine sa passion, j’ai bien l’impression que Gabrielle a fait de la vie, la sienne.

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Crédits photos: Simon Laroche 

Page Facebook de Mamie Urbaine

La boutique Etsy de Mamie.

NICOLAS

Sa devise : “If circumstances change, your decisions can change. Decisions are temporary” – Jason Fried

(Si les circonstances changent, les décisions peuvent changer. Les décisions sont temporaires.)

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L’année 2014 a été marquante pour Nicolas. Jadis propriétaire d’un condo à Montréal  et employé d’une agence de conception web, il avait tout du pré-trentenaire urbain. Toutefois, il a décidé de troquer le souffle de la ville pour celui de la campagne.

« On a souvent des projets qu’on ne met jamais en place. Depuis un an, plutôt blasé de ma vie à Montréal, je disais à mes amis, un peu à la blague, que j’allais partir vivre en campagne et élever des alpagas. Un moment donné, je me suis demandé pourquoi au juste je ne le faisais pas »

Il n’a peut-être pas vraiment d’alpagas à son actif, mais le déménagement à plus de deux heures de route de Montréal a bien eu lieu.

« Je savais pas si j’allais aimer ça. Je n’ai jamais connu ça. J’en ai parlé à ma blonde, elle a sauté à pieds joints dans le projet, c’était dans ses cordes ».

Depuis, ils sont locataires d’une jolie maison sur un terrain immense bordé d’un charmant petit étang. C’était non seulement un changement drastique d’environnement, mais également, un nouveau départ pour Nicolas qui allait changer de statut d’employé à celui de travailleur autonome.

« C’est un saut dans le vide, ça n’a jamais été un projet ou un rêve quelconque pour moi, mais j’ai un bon bagage d’expériences dans mon domaine et des contacts. C’était le bon moment pour le faire».

En quittant Montréal, Nicolas avait la ferme intention de changer son mode de vie.

«Ici, ça m’apporte une qualité de vie que je n’avais pas à Montréal. Je voulais sortir de la frénésie de la ville. Je voulais pouvoir gérer mon horaire de travail comme bon me semble et, ce faisant, pouvoir profiter au maximum de la qualité de vie offerte par mon environnement. Je voulais changer de rythme de vie et le tout s’accorde bien avec les changements que je voulais voir arriver ».

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À l’aube de la trentaine, il est normal qu’on fasse le point sur nos aspirations, nos rêves…

« J’ai vécu ma crise de la trentaine, si je peux l’appeler comme ça, en ne voulant pas embarquer dans le moule social, en ne voulant pas succomber à la pression de ce à quoi ma vie devrait ressembler à mon âge. Il a fallu que je sois propriétaire pour que je réalise à quel point je suis bien comme locataire. Ça me stresse pas de ne pas avoir de maison, c’est pas un projet à court terme non plus. Je suis bien comme ça ».

Et les prochains projets de Nicolas?

« Rien n’est vraiment planifié…je surfe sur la vie! »

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Photos: Annie Murphy

SIMON

Sa devise : « Mieux vaut consommer avec modération que de s’abstenir avec exagération »              

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S’il était un vin de la SAQ, la pastille de goût de Simon serait inévitablement « Intense et créatif ». S’il a toujours eu un côté artistique développé, c’est un beau concours de circonstances qui a fait en sorte qu’il arrive à l’exploiter professionnellement. Passionné à outrance, voici le portrait d’un artiste né.

« J’ai été élevé par des parents progressistes, très à gauche. Dès mon plus jeune âge, on m’a stimulé intellectuellement. J’ai fait beaucoup de lectures et ça a développé ma curiosité et mon intérêt envers presque tout ».

La plus grande passion de Simon : la musique; il joue de la guitare depuis son enfance.

« J’étais trop intimidé pour aller étudier en musique, mais j’en mangeais. J’ai appris à jouer en regardant des spectacles; j’observais comment les musiciens positionnaient leurs doigts sur les cordes ».

L’excellente mémoire visuelle du jeune autodidacte allait lui devenir très profitable pour son autre grande passion : la photographie.

« En 2006, j’ai acheté mon premier appareil photo. À cette époque, j’étais le gars qui prenait tout le temps des photos  dans les partys, les rassemblements. J’ai toujours aimé capturer les moments de plaisir avec les gens. J’ai un esprit nostalgique. Je veux conserver des souvenirs de mes moments heureux ».

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La photo professionnelle a toujours fascinée Simon. Il admet être inspiré par les vieilles photos de jazz, le vintage et les photos du Life Magazine.

« En 2011, j’ai finalement fait l’acquisition d’un appareil reflex de Nikon. Je m’amusais avec et je développais des habiletés. On a alors commencé à suggérer de faire des petits contrats. Je me suis alors embarqué là-dedans et j’avais des commentaires élogieux sur mon travail ».

C’est parti comme un cheveu sur la soupe. Simon s’est ensuite occupé de réaliser les photos de finissants de sa cohorte au Cégep et s’est mis à organiser des séances photos ludiques chez lui pour des amis et des connaissances moyennant un coût minime. La réponse était positive.

Éducateur spécialisé de formation, Simon travaille à temps complet dans son domaine. Il n’est pas question pour lui, pour l’instant, de quitter son travail d’intervenant malgré que son talent de photographe l’ai amené à jouir d’un statut de professionnel et à décrocher plusieurs contrats.

« J’aime mon travail d’intervenant, je me sens utile dans ce travail-là. Je suis quelqu’un de très anxieux par rapport à l’argent et honnêtement, je serais trop chicken pour sauter dans le vide ».

Simon a plusieurs contrats allant des mariages aux salons de coiffure et des séances de photos familiales aux  thématiques « vintage pinup ». Il est tellement en demande qu’il se doit régulièrement de refuser des contrats.

« Je reçois approximativement deux offres par semaine et j’accepte d’en faire environ cinq par mois, C’est important de trouver un équilibre de vie avec mon travail à temps complet et ma vie de couple, et sociale. Je suis quelqu’un de très exigeant envers moi-même, je me mets beaucoup de pression et je me brûle facilement ».

La photographie est un moyen pour Simon d’exprimer sa créativité tout en étant lucratif. Avec son nouvel appareil gros calibre, il peut repousser ses limites et penser à de gros projets.

« Mon plus grand rêve, c’est d’exposer à Montréal d’ici 2015 et d’avoir une reconnaissance artistique. Ma passion pour la photo est un feu qui ne s’éteint pas. En plus, ça m’amène à canaliser mon TDAH (trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité). J’ai toujours rêvé d’avoir un sideline, faire de la photo m’amène à pratiquer une passion qui m’est également utile sur le plan financier. C’est la situation idéale».

Deux récents clichés immortalisés par Simon
Deux récents clichés immortalisés par Simon

Simon, la photo t’apporte peut-être beaucoup, mais ton talent brut et ton essence lui apporte également une belle dose de magie. C’est un cadeau pour les yeux et l’esprit.

Crédits photos: Simon Laroche

Photos de Simon: Sa douce, Gabrielle Germain

Pour consulter le Flickr de Simon:

Sa page Facebook professionnelle

 

MARIE

Sa devise : « Adviendra que pourra »

Mon but est d’avoir une vie heureuse, tout simplement.

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Originaire du sud de la France, Marie est arrivée à Montréal il y a cinq ans. Celle qui pensait être seulement de passage n’est tout simplement jamais partie.

« Mon grand frère habitait déjà au Québec et m’avait convaincue de venir voir. À 21 ans, je suis arrivée ici avec un permis de travail ouvert pour un an. À la base, j’étais surtout motivée par l’envie de voyager. J’ai trouvé un emploi en secrétariat médical et je ne suis jamais rentrée chez moi ».

Au bout d’une tonne de paperasse administrative, Marie obtient un visa fermé valide 18 mois, période durant laquelle elle obtient son statut de résidente permanente.

« C’est l’ambiance qui m’a accrochée. Je trouve qu’au Québec, les gens prennent la vie comme elle vient. En France, c’est constamment les soucis et le stress. Les gens sont colériques. Il faut aussi dire aussi que là-bas, des opportunités, il y en a peu ».

Depuis plusieurs années, on voit de plus en plus de jeunes français venir s’établir au Québec. Œuvrant dans divers domaines professionnels, ils font maintenant partie prenante de la culture Montréalaise.

« En France, il n’y a pas d’emploi. La politique intérieure est très mauvaise et ça donne des gens frustrés qui veulent tout quitter et aller faire leur chance ailleurs. On veut retrouver un sentiment de sécurité perdu chez nous. Ici, les employeurs se soucient du bien-être de leurs employés, l’ambiance de travail est bien et la charge de travail est bien moins grande que celle qui est demandée en France. Ce qui est également merveilleux ici c’est que tout le monde a sa chance. Tu peux être originaire d’un quartier populaire et défavorisé et quand même t’en sortir. En France, t’es automatiquement étiqueté provenant de ce coin et t’es juste foutu. Au Québec, on peut se mettre des objectifs qu’on peut atteindre ».

Marie dit être en réorientation professionnelle présentement. Elle se cherche un peu, explore des pistes et prend le temps d’analyser ce qu’elle veut vraiment.

«Je travaille comme barmaid en ce moment. Ça me va, ça me convient. Ici, ça ne paraît pas mal de se réorienter. En plus, on arrive toujours à se démerder et faire de l’argent. Y’a toujours un emploi quelque part pour te dépanner. J’ai changé ma mentalité depuis que j’habite ici; maintenant, je « go with the flow »! Ça ne sert à rien de s’en faire, quelque chose d’autre va fonctionner. Quand tu as un réseau, tu t’en sors».

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Et comment ça se passe pour ceux qu’on laisse derrière soi, de l’autre côté de l’Atlantique. Les parents, les amis?

« Mon père est venu me visiter l’an dernier, il a adoré. En fait, il est heureux que j’habite ici et ne veut pas que je revienne en France. Pour ce qui est des amis, c’est comme le temps. On s’en fait des nouveaux et puis certains de là-bas disparaissent plus vite que d’autres. Comme ma mentalité a changé en déménageant ici, en vivant dans cette culture, il m’est difficile de rester amie avec des gens qui ne pensent plus comme moi. On ne se rejoint plus.»

Marie ne se met pas de plans précis en tête. Elle a beau adorer sa vie au Québec, elle ne sait toutefois pas si elle passera sa vie ici.

« Je ne suis pas fermée à aller vivre à d’autres endroits. L’été, je tripe à fond au Québec, je me dis que je vais finir mes jours ici. Puis vient l’hiver, les bordées de neige et la température sous zéro. Là, je me dis que je vivrais bien dans un autre pays! »

Un retour en France, peut-être?

« Je ne retournerai jamais vivre en France à moins d’avoir une opportunité en or massif. Et il faudrait que le Québec m’expulse! »

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Crédits photos: Annie Murphy